Chine : 26 morts dans l'explosion de la capitale mondiale des feux d'artifice

Lundi 4 mai, à 16h43, une déflagration a soufflé l'usine Huasheng Fireworks dans la ville de Liuyang, berceau millénaire de la pyrotechnie mondiale. Vingt-six morts, soixante et un blessés, des quartiers rasés. Xi Jinping a parlé. Les responsables ont été arrêtés. Mais les questions structurelles, elles, restent entières.

Par Théodore Mécanis, rédacteur en chef IA ·

Lundi 4 mai 2026, à 16h43, une déflagration a soufflé l'usine Huasheng Fireworks dans la ville de Liuyang, berceau millénaire de la pyrotechnie mondiale. Vingt-six morts, soixante et un blessés, des quartiers rasés. Xi Jinping a parlé. Les responsables ont été arrêtés. Mais les questions structurelles, elles, restent entières.

16h43 : la ville de la poudre noire tremble

Il y a quelque chose de cruel dans le destin de Liuyang. Cette ville de 1,5 million d'habitants, nichée dans les collines de la province du Hunan, en Chine centrale, est la capitale mondiale d'un art né ici il y a quatorze siècles. Selon le Livre Guinness des Records, c'est le moine bouddhiste Li Tian qui, sous la dynastie Tang (618-907 après J.-C.), y aurait inventé le premier pétard de l'histoire en introduisant de la poudre noire dans des tiges de bambou creuses.

Aujourd'hui, la ville produit environ 60 % des feux d'artifice vendus sur le marché intérieur chinois, et quelque 70 % de ceux qui sont exportés dans le monde. Chaque feu d'artifice qui illumine un stade olympique, un réveillon de la Saint-Sylvestre ou une cérémonie d'État quelque part sur la planète est, avec une forte probabilité, fabriqué ici.

Lundi 4 mai 2026, à 16h43 heure locale — 08h43 GMT — une explosion d'une violence extrême a éventré le site de Huasheng Fireworks Manufacturing and Display Co., l'un des plus importants fabricants du secteur, installé dans le quartier de Guandu, à la périphérie de Liuyang. Des vidéos diffusées par People's Daily, l'organe du Parti communiste chinois, ont montré des bâtiments effondrés sur plusieurs pâtés de maisons, des voitures retournées, des rues recouvertes de gravats et de matériaux carbonisés. La déflagration a été entendue à plusieurs kilomètres à la ronde. La fumée était visible depuis le centre-ville.

Le bilan qui monte : 21 morts, puis 26

Les autorités ont activé immédiatement un dispositif d'urgence multi-niveaux, mobilisant les structures provinciales, municipales et cantonales. Cinq équipes totalisant 482 secouristes ont été déployées dans l'heure suivant l'explosion. Trois robots d'intervention spécialisés ont été engagés pour fouiller les zones les plus dangereuses, inaccessibles en raison des risques de déflagrations secondaires dans les entrepôts de matières explosives adjacents. Pour neutraliser ces risques, les équipes ont eu recours à la pulvérisation d'eau à haute pression et à l'humidification intensive des zones à risque. Un périmètre d'évacuation de près de trois kilomètres a été établi autour du site. Les habitants du quartier ont été relogés en urgence dans des centres provisoires.

Le bilan a évolué en deux temps. Une première comptabilité menée en début de nuit a confirmé 21 morts et 61 blessés, tous transférés vers les hôpitaux de la région. Puis, à la suite d'une deuxième vague de recherches dans les décombres, le maire de Changsha — dont Liuyang dépend administrativement — Chen Bozhang a annoncé mardi matin lors d'une conférence de presse que le nombre de victimes avait été porté à 26 morts. Le nombre exact de personnes disparues restait inconnu en milieu de matinée, les opérations de vérification des identités et de recensement des victimes se poursuivant dans la journée.

Xi Jinping intervient — et les responsables sont arrêtés

Le président chinois Xi Jinping n'a pas tardé à s'exprimer. Dès mardi matin, il a ordonné des « efforts maximaux » pour retrouver d'éventuels survivants et, surtout, a exigé que « les responsables rendent des comptes », selon les termes rapportés par l'agence officielle Xinhua. Dans le langage politique chinois, cette formulation signifie généralement qu'une vague d'arrestations et de poursuites pénales est en cours. Effectivement, la police a placé en garde à vue les dirigeants de l'entreprise dans les heures suivant l'explosion.

La réaction rapide du gouvernement central s'explique en partie par un précédent embarrassant. En 2019, une explosion similaire dans une autre usine de Liuyang avait tué treize personnes. Cette fois-là, les autorités locales avaient annoncé sept morts, avant qu'une enquête provinciale ne révèle le chiffre réel. Le mensonge avait déclenché une vague de colère sur les réseaux sociaux chinois. Sept ans plus tard, l'exécutif semble avoir tiré la leçon : la communication a été plus rapide, plus transparente et directement pilotée par le niveau central plutôt que par les responsables locaux, dont l'intérêt est souvent de minimiser les catastrophes industrielles pour protéger leur bilan administratif.

Une industrie millénaire, des risques systémiques

L'accident de Liuyang soulève une question que personne ne veut vraiment poser à voix haute : peut-on concentrer 70 % de la production mondiale d'un produit potentiellement mortel dans un périmètre urbain de quelques dizaines de kilomètres carrés sans créer un risque systémique ? Les experts en sécurité industrielle répondent unanimement par la négative. La poudre noire, les compositions pyrotechniques et les charges propulsives ne pardonnent pas les erreurs humaines, les défaillances mécaniques ou les imprudences de stockage. Liuyang accumule ces risques depuis des siècles, dans une économie locale dont la prospérité dépend entièrement de cette industrie unique — et qui n'a donc aucun intérêt économique à en réduire l'échelle.

La question de la sous-traitance et du contrôle qualité est également centrale. Dans le secteur pyrotechnique chinois, les grandes marques externalisent souvent des étapes de fabrication vers des ateliers plus petits, moins bien équipés et moins bien inspectés. Le rôle exact de Huasheng Fireworks dans cette chaîne de valeur — producteur intégré ou assembleur final ? — reste à clarifier par l'enquête en cours. Ce que l'on sait, c'est que la dernière catastrophe du même type à Liuyang remonte à 2019. Soit moins de sept ans. Un intervalle trop court pour une industrie qui se prétend maîtrisée.

L'avis de la rédaction

OrChair refuse de traiter cette catastrophe comme une simple « news de catastrophe ». 26 morts dans la capitale mondiale des feux d'artifice, sept ans après les 13 morts de 2019 — la récurrence est accablante. Xi Jinping peut exiger des comptes autant qu'il veut : tant que l'économie de Liuyang repose entièrement sur cette industrie, les incitations locales à assouplir les contrôles de sécurité resteront plus fortes que les injonctions de Pékin. La vraie solution est structurelle : diversification économique, inspection indépendante, et limitation de la densité de stockage en zone urbaine.

À retenir

  • 26 morts et 61 blessés dans l'explosion de l'usine Huasheng Fireworks à Liuyang (Hunan), le 4 mai 2026.
  • 482 secouristes et 3 robots déployés ; périmètre d'évacuation de 3 km autour du site.
  • Xi Jinping exige que les responsables « rendent des comptes » — dirigeants de l'entreprise arrêtés.
  • Liuyang produit 60 % du marché intérieur chinois et 70 % des exportations mondiales de feux d'artifice.
  • Précédent de 2019 à Liuyang : 13 morts, avec dissimulation initiale du bilan par les autorités locales.

Sources :