OrChair

L'intelligence au service de l'information

sante

Hantavirus sur le MV Hondius : 3 morts, 150 passagers bloqués, l'Europe sous alerte

Parti d'Argentine début avril, le navire de croisière hollandais Oceanwide Expeditions est bloqué depuis plusieurs jours au large du Cap-Vert. La souche Andes du hantavirus — la seule transmissible entre humains — a tué trois personnes. Les îles Canaries refusent d'accueillir le navire, Madrid autorise Tenerife. L'OMS est mobilisée.

Au large des côtes du Cap-Vert, dans l'Atlantique, le MV Hondius s'immobilise depuis plusieurs jours dans une situation cauchemardesque. Ce navire de croisière hollandais, opéré par la société Oceanwide Expeditions, transporte environ 150 personnes issues de 23 nationalités. Trois d'entre elles sont mortes. La cause : une épidémie de hantavirus, souche Andes — la seule variante de ce virus connue pour être transmissible d'humain à humain, même si ce phénomène reste rare. En ce jeudi 7 mai 2026, alors que les îles Canaries refusent d'ouvrir leurs ports et que l'Europe entière suit la situation avec inquiétude, le bilan humain et sanitaire continue de s'alourdir.

Qu'est-ce que le hantavirus souche Andes ?\n\nLe hantavirus est normalement transmis à l'humain par contact avec des rongeurs infectés — leur urine, leurs excréments ou leur salive. La souche Andes, identifiée en Amérique du Sud, est la seule variante connue capable de transmission interhumaine, bien que cette capacité reste très limitée et nécessite un contact étroit et prolongé. Elle provoque un syndrome pulmonaire sévère, avec un taux de mortalité pouvant dépasser 35 % chez les cas confirmés. Il n'existe à ce jour ni vaccin ni traitement antiviral spécifique approuvé.

Le voyage qui a tout déclenché : d'Ushuaia au cauchemar\n\nLe 1er avril 2026, le MV Hondius a quitté Ushuaia, en Argentine, pour une croisière polaire de plusieurs semaines à destination de l'Antarctique et de plusieurs îles isolées de l'Atlantique Sud. C'est un navire de taille modeste : 80 cabines, une capacité maximale de 170 passagers, et un équipage d'environ 70 personnes incluant un médecin à bord. Les autorités sanitaires argentines ont confirmé qu'aucun passager ne présentait de symptômes au départ, mais ont précisé que la période d'incubation du hantavirus peut aller jusqu'à huit semaines — ce qui signifie que le ou les patients zéro pouvaient déjà incuber la maladie sans le savoir.

Le cas index est un couple de ressortissants néerlandais. Avant l'embarquement, ils avaient effectué un road trip de quatre mois à travers le Chili, l'Uruguay et l'Argentine, entre novembre 2025 et avril 2026. Le ministère argentin de la santé a reconstitué leurs déplacements. Le hantavirus étant endémique dans plusieurs provinces argentines — qui ont enregistré 28 décès l'an dernier — l'exposition a probablement eu lieu durant ce voyage terrestre.

Chronologie d'une catastrophe en haute mer\n\n1er avril 2026 — Départ du MV Hondius depuis Ushuaia, Argentine. Aucun symptôme déclaré à bord.\n\n11 avril 2026 — Décès du premier passager à bord, un ressortissant néerlandais. Son corps est conservé sur le navire.\n\n24 avril 2026 — Le corps du défunt et son épouse sont évacués par voie aérienne depuis Sainte-Hélène, territoire britannique, vers Johannesburg.\n\n26 avril 2026 — L'épouse du premier décédé s'effondre à l'aéroport de Johannesburg et meurt à l'hôpital. Test post-mortem positif au hantavirus.\n\n2 mai 2026 — Troisième décès à bord : une ressortissante allemande succombe au virus.\n\n3 mai 2026 — Le MV Hondius s'ancre au large de Praia, capitale du Cap-Vert. Aucun débarquement autorisé.\n\n6 mai 2026 — Fernando Clavijo, président des îles Canaries, refuse catégoriquement l'accueil du navire. La Suisse confirme un cas traité à Zurich. Total : 8 cas confirmés ou suspectés.\n\n7 mai 2026 — Une hôtesse de l'air KLM ayant été en contact avec une passagère décédée est hospitalisée à Amsterdam par mesure de précaution.

L'Europe divisée : les Canaries disent non, Madrid dit oui\n\nLa crise du MV Hondius a mis en lumière les tensions entre le gouvernement central espagnol et la région autonome des îles Canaries. Fernando Clavijo, président de la région, a refusé fermement d'accueillir le navire dans l'un des ports canariens : « Nous ne pouvons pas permettre au MV Hondius d'entrer aux Canaries », a-t-il déclaré, invoquant l'absence d'informations suffisantes sur la dangerosité réelle de l'épidémie et le traumatisme profond laissé par le Covid-19 dans l'archipel. Les habitants des Canaries ont soutenu en masse cette position, sensibilisés à la vulnérabilité insulaire face aux agents pathogènes importés.

« L'Espagne a une obligation morale et légale d'assister ces personnes, parmi lesquelles se trouvent plusieurs citoyens espagnols », a rappelé l'Organisation mondiale de la santé. Le gouvernement central espagnol a tranché dans l'autre sens : la ministre de la Santé Mónica García a annoncé que le MV Hondius serait autorisé à accoster à Tenerife d'ici quelques jours. Une fois à quai, les passagers ne présentant aucun symptôme seraient rapatriés vers leurs pays respectifs. Entre-temps, trois personnes ont été évacuées médicalement du navire le 6 mai et ont rejoint l'Espagne par voie aérienne. L'OMS a confirmé la nature de la souche en cause : le hantavirus Andes, le seul à transmission interhumaine documentée.

Une menace qui déborde les frontières du navire\n\nL'affaire cesse d'être confinée au navire en ce jeudi 7 mai. Une hôtesse de l'air de KLM qui avait servi à bord d'un vol Johannesburg-Amsterdam le 26 avril, sur lequel voyageait une des passagères décédées, a été hospitalisée à l'Amsterdam University Medical Center par mesure de précaution. KLM a précisé que cette passagère avait été retirée de l'avion avant le décollage — mais l'hôtesse de l'air avait déjà été en contact avec elle. Les équipes de santé publique néerlandaises ont lancé des investigations de contact tracing. En Afrique du Sud, où deux passagers ont été évacués, les autorités sanitaires mènent des opérations similaires.

La question que pose cette épidémie est fondamentale : comment une maladie à transmission rare entre humains a-t-elle pu contaminer autant de personnes dans l'espace confiné d'un navire ? L'OMS et les épidémiologistes argentins cherchent à reconstituer la chaîne de transmission précise. La promiscuité forcée à bord, les systèmes de ventilation partagés et la durée du voyage constituent autant de facteurs de risque aggravants. La réponse à cette question conditionnera les protocoles sanitaires pour les croisières vers des zones d'endémie.

L'avis de la rédaction\n\nLa crise du MV Hondius est un révélateur brutal de nos vulnérabilités sanitaires mondiales à l'ère des mobilités de masse. Pendant que tous les regards sont tournés vers le détroit d'Ormuz et le bras de fer diplomatique entre Trump et le pape, 150 personnes flottent depuis des semaines dans un entre-deux kafkaïen, coincées entre un virus sans traitement et des frontières qui se ferment les unes après les autres. La réaction des îles Canaries n'est pas irrationnelle : elle est le fruit d'un traumatisme collectif post-Covid qui n'a pas disparu. Mais le refus d'accueil illustre aussi une réalité inquiétante : cinq ans après la pandémie, les mécanismes de solidarité internationale restent aussi défaillants qu'en 2020. La vraie leçon de ce navire fantôme n'est pas virale — elle est politique.\n\n## À retenir\n\n- Le MV Hondius, navire hollandais de 150 personnes issues de 23 pays, est frappé par un foyer de hantavirus souche Andes depuis fin avril.\n- 3 morts confirmés : un Néerlandais à bord (11 avril), son épouse à Johannesburg (26 avril), une Allemande à bord (2 mai).\n- 8 cas confirmés ou suspectés au total au 6 mai, dont un traité à Zurich et une hôtesse KLM hospitalisée à Amsterdam ce 7 mai.\n- La souche Andes est la seule variante du hantavirus connue pour être transmissible entre humains.\n- Les îles Canaries refusent l'accueil du navire ; Madrid autorise l'amarrage à Tenerife dès le 11 mai.\n- L'OMS rappelle à l'Espagne son obligation morale et légale d'assistance.\n\nSources :\n- [NPR — Hantavirus outbreak on cruise ship, 6 mai 2026](https://www.npr.org/)\n- [Al Jazeera — MV Hondius blocked off Cape Verde, 6 mai 2026](https://www.aljazeera.com/)\n- [WHO — Andes hantavirus statement, mai 2026](https://www.who.int/)\n- [AP — Canary Islands refuse cruise ship, 6 mai 2026](https://apnews.com/)