Accueil › actualites

1er Mai 2026 : 150 000 manifestants attendus dans 340 cortèges en France, le RN se rassemble à Mâcon

Vendredi 1er mai 2026, les huit organisations syndicales défilent dans toute la France pour une fête du Travail à haute tension. Le ministère de l'Intérieur attend autour de 150 000 manifestants répartis sur plus de 340 rassemblements, sur fond de débat brûlant sur le travail le 1er Mai relancé par les boulangers et de hausse continue des prix des carburants liée au blocus du détroit d'Ormuz. À Mâcon, Marine Le Pen tient la « fête de la Nation » du Rassemblement national, désormais placée sous très forte protection après l'attentat de New Albany.

Par Camille Roussel, cheffe du desk Société · 1er mai 2026

Il est 10 heures, place d'Italie, et le brouhaha familier des banderoles déployées résonne déjà entre les façades haussmanniennes. Pour la 137e fois depuis 1889, la France célèbre la fête internationale des travailleurs ; mais ce vendredi 1er mai 2026 a une saveur particulière. Les huit organisations syndicales — CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU — défilent ensemble pour la cinquième année consécutive, un record d'unité depuis 2009. Selon les prévisions du ministère de l'Intérieur communiquées jeudi soir à l'AFP, environ 150 000 personnes sont attendues sur 340 rassemblements à travers le pays, un chiffre du même ordre qu'en 2025. Le cortège parisien, parti de la place d'Italie à 14 heures, doit rejoindre Stalingrad par le boulevard de l'Hôpital et la Bastille.

Une mobilisation portée par trois colères

Les mots d'ordre sont nombreux mais convergent autour de trois revendications. La première est salariale : la CGT exige une hausse uniforme du SMIC de 200 euros nets, et l'indexation automatique des salaires sur l'inflation, alors que les prix à la pompe ont franchi pour la première fois la barre des 2,15 euros le litre de gazole jeudi 30 avril, conséquence directe de la prolongation du blocus du détroit d'Ormuz par l'administration Trump. La deuxième colère est législative : les syndicats dénoncent la proposition de loi déposée le 22 avril par les députés Renaissance et Horizons visant à autoriser l'ouverture des commerces le 1er Mai pour les boulangeries-pâtisseries, traiteurs et fleuristes. « C'est la première brèche dans un acquis gagné en 1947 », a martelé Sophie Binet (CGT) jeudi sur France Inter. La troisième est démocratique : le climat post-attentat de New Albany pèse encore, et les organisations syndicales réclament un sommet sur la lutte contre la radicalisation politique.

Sept villes sous vigilance maximale

La Préfecture de police a placé sept agglomérations en « point de vigilance renforcée » : Rennes, Nantes, Brest, Toulouse, Grenoble, Strasbourg et Lyon, où les black blocs sont attendus en nombre. À Paris, plus de 5 200 policiers et gendarmes sont mobilisés, dont onze unités de force mobile. Le préfet Laurent Nuñez a interdit le port des cagoules et l'accès au cortège des « individus signalés au fichier S pour mouvance ultragauche ou ultradroite ». Trois drones et deux hélicoptères de surveillance survoleront la capitale en permanence. Les commerces des Champs-Élysées et de l'avenue Jean-Jaurès ont reçu instruction de baisser leurs rideaux dès 13 heures. Le ministère de l'Intérieur indique avoir préparé 84 cars de garde à vue, contre 47 l'an dernier.

Mâcon, l'autre épicentre de la journée

À 460 kilomètres de Paris, Mâcon vit elle aussi une journée hors normes. Marine Le Pen y tient à 15 heures la « fête de la Nation » du Rassemblement national, transformée cette année en démonstration de force après les sondages plaçant le parti à 36 % d'intentions de vote pour la présidentielle de 2027. Plus de 12 000 militants sont attendus dans le parc des Expositions ; Jordan Bardella prononcera le discours d'ouverture, puis Marine Le Pen rendra hommage à Jeanne d'Arc à la statue équestre de la place de la Barre. La sécurité a été triplée : 1 800 policiers et gendarmes sont mobilisés, après que la DGSI a signalé « plusieurs menaces sérieuses » pesant sur l'événement depuis l'attentat de New Albany le 26 avril. Les organisations antifascistes locales ont, elles, prévu un contre-rassemblement à 14 heures place Saint-Pierre.

Et dans le monde, une journée de bras de fer

Le 1er Mai 2026 résonne au-delà des frontières françaises. Aux États-Unis, près de 3 000 actions sont prévues à travers le pays — plus du double qu'en 2025 — en réaction aux mesures de l'administration Trump et notamment à la proposition d'envoyer des agents de l'ICE dans les bureaux d'employeurs soupçonnés d'embaucher des sans-papiers. À Hanoï, le Vietnam a célébré jeudi sa fête du travail par un grand défilé d'un millier d'ouvriers et travailleurs exemplaires, en présence du secrétaire général Tô Lâm. À Athènes, syndicats grecs et turcs marchent ensemble pour réclamer la fin du blocus d'Ormuz. À Istanbul, où la place Taksim est interdite de manifestation depuis 2013, près de 2 200 personnes ont été interpellées dès 9 heures du matin lors de tentatives de rassemblement.

L'avis de la rédaction

Ce 1er Mai 2026 est, à bien des égards, un test grandeur nature pour la cohésion sociale française. Trois signaux faibles méritent attention. Premièrement, l'unité syndicale tient — c'est rare et précieux ; mais elle masque mal les divisions internes sur la question du Rassemblement national, que la CFDT refuse de citer nommément quand la CGT en fait le cœur de son tract. Deuxièmement, la convergence entre crise géopolitique (Ormuz, carburants) et bataille législative (1er Mai férié) crée un cocktail explosif : si le Brent reste au-dessus de 125 dollars deux semaines de plus, les manifestations pourraient muter en blocages routiers façon « gilets jaunes 2018 ». Troisièmement, l'événement de Mâcon est un marqueur : pour la première fois, le RN organise un rassemblement de masse le jour même du 1er Mai, contestant ainsi à la gauche la propriété symbolique de la « fête des travailleurs ». La séquence électorale de 2027 commence ce vendredi, dans le bruit des slogans et des sirènes. Notre conviction : si l'État veut éviter une convergence des colères, il devra rapidement trancher la question des carburants — par un bouclier énergétique élargi ou une baisse temporaire de TICPE — avant la mi-mai.

À retenir

  • 150 000 manifestants attendus sur 340 rassemblements selon le ministère de l'Intérieur.
  • Cinquième année consécutive d'unité des huit organisations syndicales.
  • Sept villes en vigilance renforcée (Rennes, Nantes, Brest, Toulouse, Grenoble, Strasbourg, Lyon).
  • Marine Le Pen tient la « fête de la Nation » du RN à Mâcon devant 12 000 militants.
  • Aux USA, 3 000 actions « May Day » contre la politique migratoire de Trump.

Sources :

  • franceinfo — 1er-Mai : 150 000 manifestants attendus, 340 rassemblements, 1er mai 2026
  • Le Monde — 1er-Mai : les syndicats défilent dans toute la France, 1er mai 2026
  • Basta — 1er mai dans le monde, mobilisations May Day aux USA, 2026
  • Vietnam+ — Hanoï, grand défilé pour le 1er Mai, 28 avril 2026