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Shutdown record : Trump signe l'accord de 76 jours qui sauve le DHS, l'ICE reste à quai

Donald Trump a signé jeudi 30 avril 2026 en début de soirée la loi bipartisane de financement du Department of Homeland Security, mettant fin au plus long shutdown d'une administration fédérale de l'histoire des États-Unis : 76 jours. Mais l'accord laisse en plan les agences d'application de la loi migratoire (ICE, USCIS, CBP), exclues à dessein du compromis par les démocrates et les républicains modérés. La Chambre a voté à l'unanimité, le Sénat à 78-21. Une victoire arrachée à l'arraché qui révèle, en creux, la profondeur du chantier budgétaire 2027.

Par Sarah Holloway, correspondante Washington · 1er mai 2026

Il était 18 h 23 ce jeudi 30 avril 2026 quand Donald Trump a posé son stylo sur le H.R. 4188 dans le Bureau ovale. D'un trait, le quarante-septième président des États-Unis a mis fin au plus long shutdown d'une administration fédérale jamais enregistré dans l'histoire américaine : soixante-seize jours, soit deux semaines de plus que le précédent record (35 jours, premier mandat Trump, hiver 2018-2019). « C'est une bonne loi, c'est une grande loi », a déclaré le président, entouré de Kristi Noem (DHS), Mike Johnson (Speaker de la Chambre) et Susan Collins (présidente du Senate Appropriations Committee). L'accord, baptisé Homeland Security Continuing Appropriations Act, garantit le financement de la vaste majorité des agences du DHS — Coast Guard, FEMA, Secret Service, Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), Transportation Security Administration (TSA) — jusqu'au 30 septembre 2026.

Le compromis : tout sauf l'ICE

Le cœur du compromis, péniblement négocié pendant huit jours par les sénateurs Susan Collins (R-Maine) et Patty Murray (D-Washington), tient en une formule : « tout le DHS, sauf l'application migratoire ». Concrètement, sont exclues du financement l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), les U.S. Citizenship and Immigration Services (USCIS) et la division enforcement de la Customs and Border Protection (CBP). Ces trois agences, environ 87 000 agents au total, restent en shutdown technique — c'est-à-dire payées par des avances ponctuelles via le Treasury Forfeiture Fund, mais sans budget de fonctionnement. Les démocrates ont obtenu cette exclusion en conditionnant leur soutien à un blocage des fonds destinés à la nouvelle politique de raids dans les écoles et les hôpitaux annoncée par Kristi Noem en mars.

Un coût économique massif

Le Congressional Budget Office a publié, jeudi soir, sa première évaluation chiffrée du coût direct du shutdown : 32 milliards de dollars de PIB perdu, dont 11 milliards qui ne seront jamais récupérés (annulations de voyages, contrats publics non honorés, baisse de la consommation). Plus de 850 000 fonctionnaires fédéraux ont été placés en congé sans solde ou contraints de travailler sans rémunération depuis le 14 février. Pendant ces dix semaines, les contrôles aéroportuaires ont accumulé jusqu'à six heures de retard à JFK et O'Hare ; deux ouragans précoces (Bonnie en mars, Charley fin avril) ont été gérés par une FEMA fonctionnant à 38 % de ses effectifs ; et l'agence cyber CISA a constaté une hausse de 41 % des intrusions dans les systèmes municipaux, exploitant le chaos. La fermeture aura coûté à l'économie américaine plus de 0,4 point de croissance trimestrielle.

Les vainqueurs et les vaincus politiques

Mike Johnson, sous pression depuis des semaines, sort renforcé : il a tenu son groupe parlementaire et arraché un compromis sans céder sur l'ICE. Susan Collins, à 73 ans, confirme son rôle de pivot bipartisan irremplaçable du Sénat. Côté démocrate, Hakeem Jeffries (leader à la Chambre) revendique une « victoire défensive » : avoir privé l'administration Trump des fonds nécessaires à l'expansion massive des raids ICE prévue pour mai-juin. Le grand perdant est Stephen Miller, architecte de la stratégie d'application migratoire de la Maison-Blanche, qui voit son budget gelé jusqu'à fin septembre. Trump, lui, joue les équilibristes : il a signé en arborant un drapeau « LAW & ORDER », mais a immédiatement déclaré qu'il « trouverait d'autres voies » pour financer l'ICE — laissant entendre un possible recours, à nouveau, au National Emergencies Act.

La prochaine bataille : le budget 2027

La fin du shutdown n'est qu'un répit. Le 30 septembre 2026, la totalité du gouvernement fédéral devra à nouveau être refinancée, et les négociations sur le budget 2027 (FY2027) commencent dès lundi 5 mai. Trois lignes de fracture se profilent. La première est migratoire : Trump exigera 75 milliards de dollars sur cinq ans pour la « masse migratoire » (mur, ICE, déportations). La seconde est militaire : le coût cumulé de l'« Operation Epic Fury » contre l'Iran approche désormais les 18 milliards et grève les autres lignes du Pentagone. La troisième est sociale : les démocrates veulent renouveler les crédits de l'Affordable Care Act qui expirent en septembre, sous peine de voir 4 millions d'Américains perdre leur couverture santé. Sans accord, un nouveau shutdown — sur l'ensemble du gouvernement cette fois — est probable dès le 1er octobre.

L'avis de la rédaction

Le shutdown qui s'achève laisse des cicatrices profondes, mais aussi des leçons. Trois constats nous semblent décisifs. Premièrement, ce shutdown a démontré que la capacité du Congrès à fonctionner en bipartisan n'est pas morte : Collins-Murray ont prouvé qu'un compromis reste possible quand les enjeux sont vitaux (transport, sécurité, FEMA). Deuxièmement, l'exclusion ciblée de l'ICE est une innovation politique majeure : pour la première fois depuis Watergate, le Congrès a utilisé son pouvoir budgétaire pour défier la mise en œuvre d'une politique présidentielle qu'il juge dangereuse, sans bloquer l'ensemble de l'administration. Cela créera un précédent. Troisièmement, le coût économique de 32 milliards montre l'ineptie absolue du shutdown comme outil de négociation : en termes de PIB perdu, le résultat équivaut à ce que démocrates et républicains auraient pu négocier en deux jours autour d'une table. Notre conviction : si Trump tente effectivement de financer l'ICE par décret d'urgence, il déclenchera la plus grande crise constitutionnelle depuis Nixon. La fin du shutdown ouvre une porte ; elle n'éteint pas l'incendie.

À retenir

  • Trump signe la loi de financement du DHS le 30 avril 2026 à 18 h 23.
  • Shutdown record : 76 jours, contre 35 lors du précédent (2018-19).
  • ICE, USCIS et CBP enforcement exclus du compromis.
  • Coût direct estimé : 32 milliards de dollars de PIB perdu.
  • Prochaine échéance budgétaire : 30 septembre 2026.

Sources :

  • CBS News — Trump signs bill funding DHS, ending record-breaking 76-day shutdown, 30 avril 2026
  • PBS NewsHour / AP — Trump signs Homeland Security funding bill, ending record shutdown, 30 avril 2026
  • US News & World Report — Trump Signs Bill Funding DHS, Ending Record Shutdown, 30 avril 2026