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Kiev sous les bombes : la Russie frappe avec 90 missiles et 600 drones, l'Orechnik à capacité nucléaire entre en scène

Dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mai 2026, la Russie a lancé l'une des attaques aériennes les plus massives de l'année sur Kiev. Au moins quatre morts, plus de cent blessés, et pour la troisième fois depuis le début de la guerre, le missile balistique Orechnik à capacité nucléaire a été déployé contre l'Ukraine.

Par Camille Darrieux, correspondante diplomatique · 24 mai 2026

Les premières explosions ont retenti vers une heure du matin, heure de Kiev. Pendant plusieurs heures et jusqu'à l'aube de ce dimanche 24 mai 2026, des vagues successives de projectiles ont labouré le ciel de la capitale ukrainienne. Des journalistes de l'AFP présents sur place ont décrit des balles traçantes fendant la nuit, des déflagrations secouant les immeubles, une ville en état de choc. « C'était le chaos total. Les enfants se sont mis à hurler, les gens paniquaient. C'était une nuit vraiment terrifiante », a témoigné Sofia Melnychenko, une habitante de Kiev, citée par l'AFP. Au matin, les autorités ukrainiennes confirmaient l'une des attaques aériennes les plus massives depuis le début de la guerre lancée en février 2022.

Une nuit de terreur sur la capitale

Selon les forces de l'air ukrainiennes, la Russie a visé l'Ukraine avec quelque 90 missiles de types variés — balistiques et de croisière — et pas moins de 600 drones d'attaque. Sur ce total, 55 missiles et 549 drones auraient été interceptés par la défense aérienne. Les vecteurs non neutralisés ont suffi à provoquer un désastre humain et patrimonial d'une ampleur rare. Le bilan officiel arrêté en fin de matinée faisait état d'au moins quatre morts et de plus de cent blessés à l'échelle du pays. Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, a fait état sur Telegram de deux morts et de cinquante-six blessés dans la seule capitale, auxquels s'ajoutent deux victimes supplémentaires et neuf blessés dans la région, dont un nourrisson de moins d'un an.

L'Orechnik, arme de dissuasion brandie

L'élément le plus inquiétant de cette nuit tient à un seul missile : l'Orechnik. Ce missile balistique de portée intermédiaire à capacité nucléaire, développé par la Russie et jusqu'ici utilisé avec une extrême parcimonie, a été confirmé employé par Moscou lors de cette attaque. C'est seulement la troisième fois depuis le début de l'invasion que Moscou le déploie : une première fois en novembre 2024 contre une usine militaire à Dnipro, puis en janvier 2026 contre une installation aéronautique dans l'ouest du pays. Dans les deux cas précédents, l'arme n'était pas porteuse d'ogives nucléaires. Il en va de même cette nuit, selon les premières analyses occidentales relayées par France 24 et La Croix.

Un message politique sans ambiguïté

Le signal envoyé est sans détour : la Russie utilise sa plus grande arme de dissuasion non-stratégique pour punir l'Ukraine. L'attaque intervient quelques jours après une frappe ukrainienne de drones sur des installations situées à Starobilsk, dans la région de Lougansk occupée par Moscou, qui aurait fait plusieurs victimes selon les autorités d'occupation. Vladimir Poutine avait alors promis une réponse militaire. Sur Telegram, Volodymyr Zelensky a dénoncé une « attaque délibérée contre des civils » et appelé à de nouvelles sanctions occidentales, citant nommément le Kremlin et exhortant Washington et Bruxelles à durcir la pression économique.

Le patrimoine culturel de Kiev touché

Les destructions matérielles frappent par leur symbolisme. Parmi les bâtiments atteints, on compte le musée national de Tchernobyl, plusieurs édifices résidentiels et des sites du centre historique. Le bâtiment du ministère ukrainien des Affaires étrangères a également été touché, « légèrement endommagé par une explosion à proximité », selon le chef de la diplomatie Andriï Sybiga. L'ensemble des arrondissements de la capitale ont été affectés à des degrés divers, et plusieurs incendies se sont déclarés dans les premières heures de la matinée, mobilisant des centaines de pompiers.

Varsovie en état d'alerte

En réaction à l'ampleur de l'attaque, la Pologne a fait décoller des avions de chasse polonais et alliés pour sécuriser son espace aérien, une mesure préventive que Varsovie active depuis deux ans à chaque vague de missiles de grande ampleur visant l'ouest de l'Ukraine. L'opérationnel commandement des forces armées polonaises a précisé qu'aucune incursion n'avait été détectée, mais que le dispositif resterait en alerte renforcée tant que les forces russes maintiendraient leur pression aérienne. À Bruxelles, plusieurs États membres demandent un Conseil européen extraordinaire dans les prochains jours.

L'Ukraine à bout de souffle, mais debout

Cette attaque du 24 mai s'inscrit dans un contexte de guerre d'usure qui entre dans sa cinquième année. Si l'Ukraine a réussi au printemps à reprendre plusieurs centaines de kilomètres carrés de territoire dans le cadre d'une contre-offensive limitée dans le sud, la pression russe reste intacte sur l'ensemble du front. Le budget de défense américain pour 2027, tel qu'il est actuellement envisagé par l'administration Trump, ne prévoit pas de financement supplémentaire substantiel pour une assistance militaire à Kiev — un signal qui n'est pas passé inaperçu à Moscou. Pour la population ukrainienne, cette nuit est celle de trop. La question n'est plus seulement militaire mais politique : jusqu'où le monde occidental est-il prêt à tolérer cette escalade avant d'ajuster son soutien ?

L'avis de la rédaction

Cette nuit n'est pas simplement une nuit de plus dans une guerre interminable. C'est une démonstration : la Russie sort son arme la plus impressionnante — l'Orechnik — non pour décider d'une bataille, mais pour envoyer un message à Kiev, à Washington, à Bruxelles. La guerre psychologique se confond désormais avec la guerre réelle. Et le silence relatif de l'Occident face à l'escalade n'est pas de la sagesse — c'est une invitation à continuer. Kiev résiste. Mais on ne peut pas demander à un peuple de résister seul à l'infini face à une puissance qui teste chaque semaine un peu plus loin les limites de ce qui est accepté.

À retenir

  • Nuit du 23 au 24 mai 2026 : la Russie lance environ 90 missiles et 600 drones sur l'Ukraine, principalement sur Kiev.
  • Bilan provisoire : au moins 4 morts et plus de 100 blessés, dont un nourrisson.
  • Troisième utilisation confirmée du missile balistique Orechnik à capacité nucléaire depuis le début de la guerre.
  • 55 missiles et 549 drones interceptés par la défense aérienne ukrainienne.
  • Musée national de Tchernobyl et abords du ministère des Affaires étrangères endommagés.
  • La Pologne a fait décoller ses chasseurs pour sécuriser son espace aérien.

Sources :

  • Courrier international / AFP — Ukraine : quatre morts dans des bombardements russes, le missile Orechnik utilisé, 24 mai 2026
  • Le Monde — En direct, guerre en Ukraine : Zelensky affirme que la Russie a utilisé un missile Orechnik, 24 mai 2026
  • France 24 — Ukraine : la capitale Kiev touchée par d'intenses bombardements russes, 24 mai 2026
  • La Croix — Guerre en Ukraine : quatre morts dans une attaque russe ; Kiev visée par 600 drones, 24 mai 2026