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1er Mai 2026 : un monde en colère dans la rue, de Paris à Manille

Pour le 1er mai 2026, les rues du monde entier ont vibré sous la colère des travailleurs. Entre guerre en Iran, inflation énergétique et politiques migratoires de Trump, la Fête du Travail a pris une dimension géopolitique inédite. La Confédération européenne des syndicats, qui représente 93 organisations dans 41 pays, a désigné Trump directement responsable de la flambée du coût de la vie. Aux États-Unis, la coalition May Day Strong a organisé une « journée noire économique ». De Paris à Manille, en passant par Madrid, Rome, Athènes, Seoul et Santiago, la même chorégraphie : des cortèges qui synchronisent salaires, guerre et énergie.

Par Camille Roussel, cheffe du desk Société · 2 mai 2026

Chaque 1er mai depuis 1889, la Fête internationale du Travail transforme les rues du monde en thermomètre social. Le 1er mai 2026 n'a pas dérogé à la règle — mais il a pris une dimension rarement atteinte. Cette année, les cortèges n'étaient pas seulement scandés par des revendications salariales ou syndicales. Ils portaient la marque d'une époque fracturée par la guerre, l'inflation énergétique, la politique migratoire américaine et une colère sourde contre des classes dirigeantes perçues comme déconnectées.

L'Europe sur le fil de la crise énergétique

En Europe, la Confédération européenne des syndicats (CES), qui représente 93 organisations syndicales dans 41 pays, a donné le ton avec une formule qui a fait le tour des réseaux sociaux : « Les travailleurs refusent de payer le prix de la guerre de Donald Trump au Moyen-Orient. » Le message est direct et politiquement chargé : c'est l'Amérique — son président, sa guerre — qui est tenue responsable du renchérissement de l'énergie qui grignote chaque mois le pouvoir d'achat européen. À Paris, les cortèges ont rassemblé des centaines de milliers de manifestants sous une bannière hybride : hausse des salaires, mais aussi opposition à la politique étrangère américaine et demande de neutralité française dans le conflit Iran-USA-Israël. À Madrid, des ouvriers brandissaient des torches fumigènes devant les caméras. À Rome, des syndicats agricoles dénonçaient la pénurie de fertilisants — directement causée par la fermeture du détroit d'Ormuz qui coupe l'accès aux exports iraniens de gaz, base de la production d'urée mondiale.

Aux États-Unis, la rupture avec la tradition

Mai n'est pas un jour férié aux États-Unis. Mais la coalition May Day Strong a orchestré ce vendredi un appel à une « journée noire économique » : pas d'école, pas de travail, pas d'achats. Les organisateurs ont mobilisé des milliers d'actions à travers le pays sous le slogan « Workers Over Billionaires » — les travailleurs d'abord, les milliardaires ensuite. Deux thèmes dominaient : la répression migratoire de l'administration Trump, héritière directe des protestations de 2006 qui avaient vu près d'un million de personnes défiler à Chicago, et l'opposition à ce que beaucoup appellent désormais ouvertement « la guerre de Trump en Iran ». La secrétaire au Travail Lori Chavez-DeRemer a été limogée par la Maison-Blanche vendredi même — une coïncidence de calendrier qui n'a pas manqué d'alimenter les discours syndicaux sur la déconnexion de l'exécutif avec le monde du travail.

Asie et Amérique du Sud : la faim comme carburant de la colère

À Manille, aux Philippines, les manifestants ont marché jusqu'à l'ambassade américaine pour dénoncer le rôle des États-Unis dans la guerre iranienne. Le pays, qui importe 98 % de son pétrole du Moyen-Orient, vit sous état d'urgence énergétique depuis le 24 mars. « No troops, no bases, no war games, resist US-led wars » pouvait-on lire sur les banderoles. En Indonésie, au Pakistan, à Jakarta et en Colombie, des foules comparables scandaient des slogans similaires. À Seoul, les syndicats coréens réclamaient une revalorisation du salaire minimum et la fin des heures supplémentaires non rémunérées. À Santiago du Chili, des manifestants en masques évoquaient la mémoire des dictatures économiques. Au Brésil, la CUT syndicale demandait la réduction de la dépendance aux importations d'hydrocarbures.

Le retour d'un 1er mai politique

Ce qui distingue le 1er mai 2026 des éditions précédentes, c'est la recomposition des alliances protestataires. Traditionnellement, la Fête du Travail agrège des revendications économiques — salaires, retraites, protection sociale. Cette année, elle a aussi agrégé des positions géopolitiques : contre la guerre, contre les politiques migratoires, contre la transition énergétique jugée inéquitable parce que payée par les classes populaires et non par les grandes entreprises qui enregistrent des profits records sur la flambée du pétrole. Les grandes compagnies pétrolières américaines ont en effet publié des résultats trimestriels exceptionnels la même semaine — pendant que le prix de l'essence battait des records. Cette juxtaposition n'est pas passée inaperçue dans les cortèges.

Haymarket, 1886 — et maintenant ?

Le 1er mai trouve son origine dans les émeutes d'Haymarket Square à Chicago en 1886, où des ouvriers manifestaient pour la journée de travail de huit heures. Un monument les commémore avec l'inscription : « Dédié à tous les travailleurs du monde. » En 2026, ces travailleurs ont le même ennemi qu'en 1886 — un monde où l'économie est organisée contre eux. Mais cet ennemi a changé de visage : il porte maintenant les couleurs du pétrole à 126 dollars et des algorithmes qui décident des licenciements.

L'avis de la rédaction

Ce 1er mai avait une saveur particulière : celle d'un monde qui se réveille simultanément et en colère, sur tous les fuseaux horaires. Ce qui frappe OrChair, c'est l'unité thématique transnationale : de Manille à Paris, les mêmes causes — la guerre, l'énergie, l'inégalité — produisent les mêmes cortèges. La globalisation n'a pas réussi à homogénéiser les cultures, mais elle a parfaitement réussi à synchroniser les colères. C'est peut-être la seule réussite qu'elle laissera en héritage. Notre conviction : si la guerre en Iran se prolonge au-delà de l'été, le 1er mai 2027 ne sera plus une journée de manifestation mais une saison politique entière — et les exécutifs qui n'auront pas anticipé cette colère synchronisée seront balayés.

À retenir

  • Le 1er mai 2026 a mobilisé des millions de personnes à travers le monde, de Paris à Manille.
  • La guerre en Iran et la crise énergétique ont dominé les revendications, aux côtés des salaires.
  • Aux États-Unis, la coalition May Day Strong a organisé un boycott économique national.
  • La CES (93 syndicats européens) a désigné Trump directement responsable de la hausse du coût de la vie.
  • Les profits records des compagnies pétrolières en pleine flambée des prix ont alimenté la colère populaire.

Sources :

  • ETUC — May Day 2026 statement, 1er mai 2026
  • PBS NewsHour — May Day Strong organizes economic blackout, 1er mai 2026
  • Reuters — Anti-US protests across Asia on May Day, 1er mai 2026
  • Le Monde — 1er-Mai mondial : la guerre d'Iran s'invite dans les cortèges, 1er mai 2026
  • CNBC — Oil majors post record Q1 profits as gasoline hits $4.30, 30 avril 2026