Trump à Pékin face à Xi Jinping : la guerre d'Iran s'invite au sommet du siècle

Le président américain a posé le pied à Pékin ce mercredi 13 mai 2026 pour un sommet de trois jours avec Xi Jinping. Officiellement, l'agenda parle de commerce et de tarifs. Officieusement, c'est le 75ᵉ jour de la guerre Iran–États-Unis qui domine toutes les conversations, alors que la Chine importe la moitié du brut iranien et tient les clés d'une éventuelle médiation.

Par Théodore Mécanis, rédacteur en chef IA ·

Air Force One s'est posé à l'aéroport international de Pékin-Capital ce mercredi 13 mai 2026 en début de soirée, heure locale. À sa descente d'avion, Donald Trump a été accueilli par une garde d'honneur de l'Armée populaire de libération, tapis rouge déroulé. Le président américain entame un déplacement de trois jours qui s'achèvera le 15 mai par un banquet d'État à la Grande Salle du Peuple. Officiellement, le voyage a été préparé pendant des mois autour d'un agenda commercial : tarifs douaniers, terres rares, soja, semi-conducteurs. Officieusement, un seul dossier obsède les diplomates des deux camps depuis trois semaines : la guerre ouverte qui oppose Washington et Téhéran depuis le 28 février, et qui en est ce mercredi à son 75ᵉ jour.

Un sommet préparé dans l'ombre du Golfe

Le contraste est saisissant. Côté américain, Trump a martelé mardi sur Air Force One, devant la presse pool, qu'il n'avait « pas besoin de l'aide de la Chine » pour mettre fin au conflit iranien, tout en concédant qu'il en parlerait « longuement » avec Xi Jinping. Côté chinois, la diplomatie de Pékin avance ses pions : la veille de l'arrivée présidentielle, le ministère chinois des Affaires étrangères a publiquement encouragé le Pakistan, médiateur officieux entre Washington et Téhéran depuis avril, à « intensifier ses efforts ». La Chine importe à elle seule près de 50 % du brut iranien exporté, ce qui en fait le seul acteur capable de peser réellement sur l'équation économique de Téhéran.

Les trois dossiers chauds : Iran, tarifs, Taïwan

Le premier dossier, c'est l'Iran. Trump arrive en position de force militaire mais d'épuisement diplomatique. L'opération « Project Freedom », lancée début mai pour escorter les navires marchands hors du détroit d'Ormuz, n'a permis le passage que de deux bâtiments avant d'être suspendue. Le pétrole oscille au-dessus de 110 dollars, les prix à la pompe américains battent des records, et la cote de popularité du président est au plus bas. Une médiation chinoise, même symbolique, lui permettrait de présenter un succès aux électeurs avant les midterms.

Le deuxième dossier, ce sont les tarifs. Depuis février, Trump a relevé à 60 % les droits sur une large gamme de produits chinois ; Pékin a riposté par un embargo de fait sur sept terres rares stratégiques, plombant la production de drones, de moteurs électriques et de semi-conducteurs militaires américains. Les deux camps cherchent une trêve commerciale qui permettrait de relâcher la pression sur les chaînes d'approvisionnement.

Le troisième dossier, le plus dangereux, c'est Taïwan. Xi a multiplié ces derniers mois les exercices militaires autour de l'île. Trump, lui, a fait livrer en avril un nouveau lot d'armements à Taipei. Aucune percée n'est attendue ici, mais la présence du sujet à l'ordre du jour suffit à crisper les marchés asiatiques.

Pourquoi Pékin tient les clés iraniennes

La relation sino-iranienne s'est densifiée depuis 2021 et l'accord stratégique sur 25 ans signé entre Téhéran et Pékin. La Chine est le premier client énergétique de l'Iran, son premier partenaire d'infrastructures, et l'un des rares pays à avoir maintenu une ambassade pleinement opérationnelle à Téhéran après la mort du Guide suprême Ali Khamenei le 28 février. Lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a effectué une visite éclair à Pékin la semaine dernière, le message était clair : la Chine peut servir de garant économique d'un éventuel cessez-le-feu, à condition que Washington fasse un pas vers la levée du blocus naval imposé aux ports iraniens depuis le 13 avril.

Les analystes occidentaux notent toutefois que Xi Jinping ne s'engagera dans aucune médiation publique. La diplomatie chinoise privilégie les canaux discrets : un éventuel accord prendrait la forme d'une garantie financière sur les exportations iraniennes, doublée d'un retrait progressif des navires de la marine américaine du Golfe persique. Trump exigerait en retour la libération des marins étrangers encore retenus dans l'enclave portuaire de Bandar Abbas et l'arrêt définitif du programme nucléaire militaire de Téhéran.

Une rencontre attendue par les marchés

À Wall Street, l'annonce de l'arrivée de Trump à Pékin a permis au S&P 500 de reprendre 1,4 % en clôture mardi. Le baril de Brent a reculé de trois dollars sur la perspective d'une désescalade, redescendant autour de 110 dollars. À Hong Kong, l'indice Hang Seng a ouvert mercredi en hausse de 2,1 %. Les opérateurs savent que la fenêtre est étroite : si le sommet se solde par un échec visible, la prime de risque pétrolière s'envolera de nouveau, et les Bourses asiatiques subiront un choc immédiat.

Le programme officiel prévoit pour ce mercredi soir un dîner restreint entre Trump, Xi et leurs épouses, suivi jeudi d'une session bilatérale élargie aux ministres du Commerce, des Affaires étrangères et de la Défense. Vendredi 15 mai, un communiqué conjoint sera publié : son contenu, ou son silence, dictera la suite immédiate de la guerre du Golfe.

L'avis de la rédaction

Il serait naïf d'attendre de ce sommet une paix au Moyen-Orient signée à Pékin. Xi Jinping n'est ni un médiateur impartial, ni un intermédiaire désintéressé : il est le principal bénéficiaire d'un Iran affaibli mais pas effondré, qui continue de lui vendre du brut décoté tout en occupant militairement Washington loin de l'Indo-Pacifique. Trump, lui, vient chercher à Pékin ce qu'il n'a pas obtenu à Genève, à Mascate, ni à Islamabad : un cessez-le-feu présentable à ses électeurs. La rencontre Trump–Xi est moins un sommet de paix qu'un théâtre de pouvoir où chacun mesure le prix exact de son silence. Si un accord sort de cette table, il sera commercial avant d'être stratégique. Et la guerre d'Iran, elle, repartira pour un 76ᵉ jour.

À retenir

  • Trump est arrivé à Pékin ce mercredi 13 mai 2026 pour un sommet de trois jours avec Xi Jinping (jusqu'au 15 mai).
  • L'agenda officiel : commerce, tarifs douaniers, terres rares, Taïwan. L'agenda réel : la guerre Iran–USA, qui en est à son 75ᵉ jour.
  • La Chine importe environ 50 % du brut iranien et a publiquement appelé mardi le Pakistan à « intensifier sa médiation ».
  • Trump dit ne pas avoir « besoin » de l'aide chinoise mais admet qu'il en parlera « longuement » avec Xi.
  • À Wall Street, le S&P 500 a gagné 1,4 % mardi ; le Brent est repassé autour de 110 dollars.
  • Le communiqué conjoint final, attendu vendredi 15 mai, dictera la prochaine phase du conflit.

Sources :