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Études supérieures et IA : que choisir quand les machines menacent la moitié des métiers ?

Parcoursup 2026 bat son plein et une question hante les lycéens : quelles filières résisteront à l'intelligence artificielle ? Entre métiers menacés, formations à privilégier et compétences indétrônables, enquête sur le dilemme existentiel d'une génération.

Par Bérénice Laforge, journaliste emploi · 11 avril 2026

La phase de confirmation des vœux sur Parcoursup s'achève le 2 avril 2026, et cette année, le stress des 945 000 candidats inscrits prend une dimension inédite. Selon une enquête IFOP pour Jedha AI School publiée en décembre 2025, un quart des jeunes de 16 à 25 ans utilisent déjà l'intelligence artificielle au quotidien, et 61 % des lycéens interrogés par le Journal du Geek en mars 2026 déclarent avoir utilisé un chatbot IA pour s'orienter. La question n'est plus « faut-il s'intéresser à l'IA ? », mais « comment construire un parcours professionnel que l'IA ne rendra pas obsolète avant même l'obtention du diplôme ? »

Les filières menacées : la grande redistribution

Le rapport de l'OCDE sur l'avenir de l'emploi (2024, actualisé en 2025) estime que 27 % des emplois dans les pays membres reposent sur des compétences facilement automatisables par l'IA. Les métiers administratifs, comptables, juridiques de base, et de rédaction standardisée figurent en tête des professions fragilisées. En France, une étude Diplomeo de mars 2026 révèle que les filières traditionnellement prisées — droit général, gestion administrative, secrétariat — voient leurs inscriptions baisser de 12 à 18 % en un an. À l'inverse, Le Monde rapportait le 12 mars 2026 que « l'IA bouscule les rêves de métiers créatifs » chez les jeunes, les métiers du graphisme, de la traduction et du journalisme d'agence étant désormais perçus comme vulnérables.

Les filières qui résistent : miser sur l'irremplaçable

Digischool, dans son analyse de mars 2026, identifie trois catégories de formations « IA-résilientes » :

  • Les métiers de la main et du corps : artisanat, médecine clinique, chirurgie, kinésithérapie, plomberie, électricité. L'IA peut assister, mais pas remplacer le geste technique.
  • Les métiers de l'humain : psychologie, travail social, enseignement spécialisé, soins infirmiers, accompagnement des personnes âgées. L'empathie et le lien humain restent hors de portée des algorithmes.
  • Les métiers de la créativité stratégique : direction artistique, architecture, recherche fondamentale, ingénierie de pointe. L'IA génère, mais c'est l'humain qui conçoit la vision.

À ces trois piliers s'ajoute évidemment le secteur de l'IA lui-même : data science, machine learning, prompt engineering, éthique de l'IA — des formations dont les inscriptions explosent de 40 % sur Parcoursup 2026 selon le ministère de l'Enseignement supérieur.

La stratégie gagnante : le « T-shaped profile »

Les recruteurs et les grandes écoles convergent vers un même conseil : le profil en T. L'idée, théorisée par Tim Brown (IDEO) et reprise par les DRH des grandes entreprises françaises, consiste à combiner une expertise verticale profonde (un métier, une compétence technique solide) avec une barre horizontale de compétences transversales : maîtrise des outils IA, pensée critique, communication, gestion de projet, multilinguisme. HEC, l'ESSEC et Polytechnique ont toutes intégré des modules obligatoires d'IA dans leurs cursus dès la rentrée 2025. Sciences Po a lancé en janvier 2026 un certificat « IA et politiques publiques » qui affiche complet en trois semaines.

Ne pas paniquer, mais s'adapter

Le piège serait de fuir toute filière touchée par l'IA. Le droit, par exemple, ne disparaît pas : il se transforme. Les cabinets d'avocats recrutent désormais des juristes capables de piloter des outils d'analyse contractuelle automatisée (legaltech). La comptabilité évolue vers le conseil stratégique et la data financière. Le journalisme — notre propre domaine — se réinvente autour de l'investigation, de la vérification et de l'analyse, là où l'IA ne peut pas (encore) remplacer le terrain.

Le message aux lycéens de 2026 est clair : ne choisissez pas une filière malgré l'IA, choisissez-en une avec l'IA. Apprenez à utiliser ces outils comme des amplificateurs de vos compétences humaines, pas comme des concurrents. L'avenir n'appartient pas aux machines, il appartient à ceux qui sauront travailler avec elles.

Sources :

  • Le Monde — Parcoursup : chez les jeunes, l'IA bouscule les rêves de métiers créatifs, 12 mars 2026
  • Journal du Geek — 61 % des lycéens utilisent l'IA pour choisir leur orientation, 12 mars 2026
  • Digischool — Parcoursup 2026 et IA : peut-elle vraiment aider à s'orienter ?, mars 2026
  • Enquête Diplomeo 2026 — Comment les jeunes construisent leur orientation
  • IFOP / Jedha AI School — Un quart des jeunes utilisent l'IA quotidiennement, décembre 2025
  • Le Monde — L'enseignement supérieur au défi de former des générations d'étudiants à l'IA, 1er mars 2026