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Belgique : le gouvernement De Wever présente un budget 2026 sous tension, entre rigueur et fiscalité élargie

Le gouvernement fédéral belge a déposé vendredi son projet de budget 2026, marqué par 9,8 milliards d'euros d'économies, une réforme du précompte mobilier et un nouveau régime fiscal sur les plus-values. Un texte que les syndicats jugent déjà brutal et que les milieux d'affaires accueillent avec une approbation prudente.

Par Henri Vasseur, correspondant Bruxelles · 6 juin 2026

Présenté vendredi 5 juin à la Chambre par le ministre du Budget Vincent Van Peteghem, le projet de loi-programme 2026 du gouvernement Arizona — coalition entre N-VA, MR, Les Engagés, CD&V et Vooruit, dirigée par Bart De Wever — constitue le premier exercice budgétaire pleinement assumé de la nouvelle majorité fédérale. Et il sera structurant pour l'ensemble de la législature.

9,8 milliards d'euros d'effort, étalés sur deux ans

Le noyau de la copie : ramener le déficit public belge sous la barre des 3 % du PIB dès 2027, conformément aux engagements pris dans le cadre du nouveau pacte de stabilité européen. Pour y parvenir, le gouvernement combine trois leviers : 5,2 milliards d'économies en dépenses (réforme des pensions, recalibrage des allocations de chômage en fonction du temps, gel partiel de l'indexation de certains barèmes administratifs), 3,1 milliards de recettes nouvelles et 1,5 milliard de mesures de lutte contre la fraude fiscale.

La réforme des pensions — départ effectif progressivement repoussé via un système de bonus-malus accentué, et fin du calcul plus favorable réservé aux carrières publiques — concentre l'essentiel de la contestation syndicale. La FGTB et la CSC ont annoncé une journée nationale d'action le 24 juin, premier test social majeur pour Bart De Wever.

Les chiffres-clés du budget 2026

  • 9,8 Mds € d'effort budgétaire total sur deux ans.
  • 3 % du PIB : cible de déficit public à atteindre en 2027.
  • 10 % : taux unique de la nouvelle taxe sur les plus-values financières des particuliers, avec abattement de 10 000 € par an et par contribuable.
  • 30 % : précompte mobilier maintenu sur dividendes et intérêts, sans modification.
  • +1,5 % : effort net demandé aux ménages les plus aisés via les nouvelles tranches IPP.
  • +0,7 point de TVA réduite supprimée sur une dizaine de biens hors alimentation de base.

La nouvelle taxe sur les plus-values, pierre angulaire — et casus belli interne

La mesure la plus politiquement clivante reste la création d'une taxe générale sur les plus-values financières des particuliers au taux uniforme de 10 %, assortie d'un abattement annuel de 10 000 €. Réclamée de longue date par Vooruit et Les Engagés, elle était une ligne rouge historique du MR. Le compromis trouvé — taux modéré, abattement large, exonération de la résidence principale et des plans d'épargne-pension — illustre les équilibres délicats de la coalition Arizona.

Les milieux financiers — Febelfin, Beama, Euronext Brussels — saluent prudemment un cadre lisible, sensiblement moins agressif que les versions évoquées en début de législature. Les associations d'épargnants, à l'inverse, dénoncent une rupture avec la tradition belge d'exonération des plus-values des particuliers gestionnaires en bon père de famille.

Une équation Flandre-Wallonie toujours présente

Derrière les chiffres, la mécanique fédérale belge reste à l'œuvre. La hausse de l'effort défense (objectif 2 % du PIB dès 2027) et le maintien du soutien aux Régions impliquent des transferts dont la répartition reste l'objet de tensions persistantes entre Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale. Le projet de budget ouvre par ailleurs un chantier sensible : le transfert progressif aux Régions de la compétence d'indexation automatique des salaires, mesure symbolique en Belgique, à laquelle les syndicats sont historiquement attachés.

Ce qui se joue maintenant

Le texte sera examiné en commission des Finances à partir du 16 juin, avec un vote en plénière prévu mi-juillet. Trois inconnues structurent les prochaines semaines : l'ampleur de la mobilisation syndicale, la solidité de la majorité parlementaire sur la taxe plus-values (où quelques voix MR pourraient manquer) et l'avis de la Commission européenne sur la trajectoire pluriannuelle, attendu fin juin.

À retenir

  • 9,8 milliards d'euros d'effort budgétaire belge sur 2026-2027.
  • Nouvelle taxe sur plus-values à 10 %, avec 10 000 € d'abattement annuel.
  • Réforme des pensions durcie : départ effectif repoussé, journée d'action syndicale le 24 juin.
  • Cible 3 % de déficit à atteindre en 2027, conformément aux règles européennes.
  • Vote en plénière de la Chambre prévu mi-juillet 2026.