Climat : l'Assemblée générale de l'ONU adopte par 141 voix une résolution qui durcit les obligations des États

Mercredi 20 mai 2026 en fin de soirée à New York, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté par 141 voix pour, 6 contre et 28 abstentions une résolution consolidant les obligations climatiques des États. Le texte, fruit de quinze mois de tractations, traduit dans le droit onusien l'avis consultatif de la Cour internationale de justice de juillet 2025.

Par Camille Darrieux, correspondante diplomatique ·

Il était 22 h 17 à New York quand le marteau de la présidente de l'Assemblée générale, la Camerounaise Philémon Yang adjointe Annalena Baerbock, est retombé sur le pupitre de la 79ᵉ session. Par 141 voix pour, 6 contre — États-Unis, Russie, Israël, Arabie saoudite, Hongrie, Argentine — et 28 abstentions, les Nations unies ont adopté ce mercredi 20 mai 2026 la résolution A/79/L.92, intitulée « Obligations des États en matière de changement climatique ». Un vote historique, salué jeudi 21 mai dans tous les médias internationaux, du Figaro au Monde en passant par Le Devoir et RFI, et qui consacre la traduction politique de l'avis consultatif rendu en juillet 2025 par la Cour internationale de justice à la demande du Vanuatu.

Du Vanuatu à New York, une longue marche

L'aventure avait débuté en 2019 dans une salle de classe de Port-Vila, où une vingtaine d'étudiants en droit avaient imaginé soumettre la question climatique à la Cour mondiale. Sept ans plus tard, ces mêmes étudiants étaient présents au balcon de l'Assemblée. Le ministre vanuatuan du Changement climatique, Ralph Regenvanu, a prononcé un discours de huit minutes salué par une longue ovation : « Pendant des décennies, on nous a expliqué que la justice climatique était une utopie de petits États insulaires. Aujourd'hui, l'humanité a choisi la voie du droit. » Une formule reprise mot pour mot par le secrétaire général António Guterres, qui a évoqué « un tournant aussi décisif que la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 ».

Ce que dit précisément la résolution

Le texte, fort de 31 paragraphes opérationnels, fait trois choses essentielles. Il rappelle d'abord que les obligations des États en matière de réduction d'émissions ne découlent pas seulement de l'Accord de Paris, mais aussi du droit international coutumier et de plusieurs traités sur les droits humains. Il établit ensuite que tout manquement « substantiel et délibéré » à ces obligations peut engager la responsabilité internationale de l'État fautif, ouvrant la voie à des actions contentieuses devant la CIJ. Il invite enfin les juridictions nationales à intégrer ces obligations dans leur ordre interne et encourage le Conseil des droits de l'homme à développer un mécanisme de suivi spécifique. La résolution mentionne explicitement les énergies fossiles comme « cause principale » du dérèglement — une formulation arrachée de haute lutte au groupe arabe.

Le bloc des opposants

Les six États ayant voté contre forment un attelage hétéroclite mais révélateur. Washington, par la voix de la représentante adjointe Dorothy Shea, a dénoncé « un texte qui sape la souveraineté des nations et l'innovation des entreprises ». Moscou a parlé d'une « manœuvre politique des Européens contre les pays producteurs ». Riyad et Buenos Aires se sont retranchés derrière des arguments économiques et constitutionnels. Plus inattendue, la Hongrie de Viktor Orbán s'est désolidarisée pour la première fois publiquement du consensus européen, expliquant que la résolution « préparait le terrain à des contentieux à répétition contre les États souverains ». Parmi les abstentionnistes, on relève notamment l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, l'Iran et le Mexique — un signal d'alarme sur l'épineuse question du financement.

Une portée juridique inédite

Une résolution de l'Assemblée générale, contrairement à une décision du Conseil de sécurité, n'est pas juridiquement contraignante. Mais en consacrant noir sur blanc l'avis consultatif de juillet 2025, elle change la donne. Selon Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche au CNRS interrogée par Le Monde, « ce texte ouvre la voie à des actions devant les juridictions nationales sur le fondement du droit international général ». De fait, plusieurs ONG ont annoncé jeudi qu'elles déposeraient dès la semaine prochaine des recours contre les États ayant adopté la résolution mais qui n'auraient pas mis à jour leur contribution déterminée au niveau national (CDN) d'ici la COP31 de novembre à Belém.

La France au cœur de la négociation

Dans les coulisses, la diplomatie française a joué un rôle pivot. C'est à l'ambassade de France à New York qu'a été préparé, sous l'égide du sherpa climat Brice Lalonde, le compromis de dernière minute sur la question du financement, qui a permis de rallier vingt-trois États africains. À Paris, Élisabeth Borne, désormais ministre des Affaires étrangères, a salué « un succès du multilatéralisme dans une époque qui en doute ». L'Élysée prévoit dès lundi un Conseil de défense écologique pour aligner la trajectoire de réduction française sur le nouveau cadre onusien. La France émet aujourd'hui 366 millions de tonnes de CO₂ par an, et devra abaisser ce chiffre à 270 millions d'ici 2030 pour respecter ses propres engagements.

Belém en ligne de mire

La résolution arrive à six mois exactement de la COP31, qui se tiendra à Belém, au Brésil, du 9 au 21 novembre 2026. Pour le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, qui présidera la conférence, c'est une carte maîtresse : « Nous avons désormais le mandat politique pour exiger des engagements à la hauteur. » Du côté de la société civile, Greta Thunberg a salué sur les réseaux sociaux « un premier pas — pas plus, mais pas moins ». Plus prudente, l'ONG Climate Action Network rappelle que les 141 votes pour ne valent que par la mise en œuvre concrète qui suivra. Et celle-ci dépendra largement de la mobilisation des opinions publiques.

L'avis de la rédaction

Il ne faut pas se laisser griser par le chiffre — 141 voix pour, c'est exactement le score obtenu en 2024 sur la résolution exigeant un cessez-le-feu à Gaza, sans effet juridique réel. Mais cette comparaison oublie l'essentiel : pour la première fois depuis l'Accord de Paris de 2015, le droit international rappelle aux États qu'ils n'ont pas seulement des engagements politiques, mais des obligations. C'est une révolution conceptuelle bien plus profonde qu'il n'y paraît. Les opposants l'ont compris : si Washington a voté contre, ce n'est pas par hostilité au climat mais par crainte des contentieux à venir. Reste désormais le plus dur — faire vivre ces obligations dans les prétoires nationaux. C'est le travail des cinq prochaines années, et probablement le grand chantier juridique de notre génération.

À retenir

  • Mercredi 20 mai 2026 : adoption à New York de la résolution A/79/L.92 sur les obligations climatiques des États.
  • Score : 141 pour, 6 contre (États-Unis, Russie, Israël, Arabie saoudite, Hongrie, Argentine), 28 abstentions.
  • Texte issu de l'avis consultatif de la Cour internationale de justice de juillet 2025, à l'initiative du Vanuatu.
  • Les énergies fossiles sont identifiées comme « cause principale » du dérèglement.
  • Ouvre la voie à des recours contentieux devant les juridictions nationales et la CIJ.
  • Étape clé avant la COP31 de Belém (9-21 novembre 2026).

Sources :