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Métaux critiques en 2026 : la nouvelle géopolitique du lithium, du cobalt et des terres rares

Lithium, cobalt, nickel, terres rares, graphite : la transition énergétique a fait émerger une carte du monde redessinée par les mines. L'Europe, dépendante à plus de 90 % pour certaines matières stratégiques, accélère son Critical Raw Materials Act. État des lieux d'une bataille industrielle silencieuse.

Par Louis Bermont, rédacteur économique · 6 juin 2026

Pendant longtemps, on a parlé de pétrole. On commence à peine à comprendre qu'il faudra parler, pour les deux décennies qui viennent, de lithium, de cobalt, de nickel, de terres rares et de graphite. La transition énergétique — véhicules électriques, batteries stationnaires, éolien, solaire, nucléaire de nouvelle génération — repose sur quelques familles de minerais dont la production et, plus encore, le raffinage sont concentrés dans un nombre très restreint de pays.

La carte du monde des matières stratégiques

La République démocratique du Congo produit environ 70 % du cobalt mondial. L'Indonésie a doublé sa part de marché du nickel en cinq ans pour dépasser 55 %. L'Australie et le Chili se partagent l'essentiel de l'extraction de lithium, mais c'est la Chine qui domine son raffinage (plus de 60 %). Sur les terres rares, la Chine assure encore 70 % de la production minière et 90 % du raffinage mondial, malgré les efforts américains (Mountain Pass) et australiens (Lynas).

Cette géographie crée des dépendances inédites. L'Union européenne reste dépendante à plus de 95 % pour les terres rares, 86 % pour le lithium raffiné et 63 % pour le cobalt raffiné, principalement vis-à-vis de la Chine. Ces ordres de grandeur, publiés par la Commission européenne dans son rapport d'avril 2026 sur l'état du Critical Raw Materials Act (CRMA), motivent la stratégie d'autonomie minérale lancée en 2023 et accélérée depuis.

Les chiffres-clés des métaux critiques 2026

  • 70 % : part de la RDC dans la production mondiale de cobalt.
  • 55 % : part de l'Indonésie dans la production mondiale de nickel.
  • 60 % : part de la Chine dans le raffinage mondial du lithium.
  • 90 % : part de la Chine dans le raffinage mondial des terres rares.
  • 34 : nombre de matières premières classées « critiques » par l'UE en 2025 (contre 27 en 2020).
  • 10 % : objectif d'extraction sur sol européen d'ici 2030 (CRMA).
  • 40 % : objectif de transformation sur sol européen.
  • 25 % : objectif de recyclage interne.

Le CRMA européen : une boussole, pas une baguette magique

Le Critical Raw Materials Act, entré en vigueur en mai 2024, fixe trois objectifs à l'horizon 2030 : 10 % d'extraction, 40 % de transformation et 25 % de recyclage des matières stratégiques sur le sol européen. Surtout, il instaure un mécanisme de projets stratégiques : sélection accélérée, financement BEI prioritaire, dérogations procédurales encadrées (permis miniers, études d'impact).

Une quarantaine de projets stratégiques ont été désignés depuis 2024 : Eramet (lithium en France), KGHM (cuivre/cobalt en Pologne), Vulcan Energy (lithium géothermique en Allemagne), Talga (graphite en Suède), Mineracao Norte Mineira (terres rares au Portugal via consortium UE-Brésil). Plusieurs de ces projets se heurtent toutefois aux mêmes obstacles : oppositions locales, contentieux environnementaux, difficulté à attirer le capital privé sur des cycles miniers à 10-15 ans.

Les nouvelles routes du sud

L'Europe ne parviendra pas à atteindre ses objectifs sans partenariats stratégiques. La Commission a signé en 2024-2025 des accords avec la Serbie (lithium), le Chili (lithium, cuivre), l'Argentine (lithium), la Zambie et la RDC (cobalt, cuivre), le Kazakhstan (terres rares) et le Groenland (terres rares, graphite). Ces partenariats sont autant économiques que diplomatiques : ils visent à offrir aux pays producteurs une alternative crédible aux investissements chinois, dont l'empreinte est devenue dominante en Afrique subsaharienne et en Amérique latine.

La stratégie américaine, via le Minerals Security Partnership lancé en 2022 avec une douzaine de partenaires (UE, Japon, Corée du Sud, Royaume-Uni, Canada, Australie), poursuit la même logique. La compétition entre Washington, Bruxelles et Pékin pour sécuriser les filières est désormais ouverte, structurante, et probablement irréversible.

« Celui qui maîtrise le raffinage maîtrise la chaîne. Or aujourd'hui, sur les terres rares, c'est la Chine. Et nous mettrons au moins dix ans pour rattraper. » — Christel Bories, présidente d'Eramet, audition au Sénat français, mars 2026.

À retenir

  • L'UE reste dépendante à 95 % pour les terres rares et 86 % pour le lithium raffiné.
  • Le CRMA fixe des objectifs 2030 : 10 % extraction, 40 % transformation, 25 % recyclage.
  • Une quarantaine de projets stratégiques désignés depuis 2024.
  • La Chine domine le raffinage : 60 % pour le lithium, 90 % pour les terres rares.
  • Partenariats UE-Chili, UE-Serbie, UE-RDC : la diplomatie des mines structure les années 2026-2030.
  • Les délais industriels miniers (10-15 ans) imposent de décider maintenant pour livrer en 2035.