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Chlordécone en Martinique : où en est l'indemnisation des victimes, six ans après l'ouverture du fonds ?

Six ans après l'ouverture du Fonds d'indemnisation des victimes des pesticides (FIVP), le bilan reste contesté en Martinique. Les associations dénoncent des délais d'instruction trop longs et un périmètre de pathologies reconnues jugé encore trop restrictif.

Par Margaux Rivière, journaliste santé · 12 juin 2026

Six ans après son ouverture, le Fonds d'indemnisation des victimes des pesticides (FIVP) reste, en Martinique, un dispositif aussi attendu que critiqué. Créé par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 et géré par la branche AT/MP, il offre depuis 2020 une voie d'indemnisation pour les travailleurs agricoles exposés professionnellement à des produits phytopharmaceutiques, dont le chlordécone, utilisé légalement dans les bananeraies des Antilles françaises de 1972 à 1993.

Un polluant qui traverse les générations

Selon Santé publique France, plus de 90 % de la population adulte de Martinique et de Guadeloupe présente des traces de chlordécone dans le sang. L'agence sanitaire souligne par ailleurs un lien entre l'exposition et certaines pathologies, au premier rang desquelles le cancer de la prostate, dont l'incidence en Martinique figure parmi les plus élevées au monde selon les registres territoriaux du cancer. La molécule, ultrastable, persiste dans les sols pour plusieurs décennies, voire siècles.

Un dispositif d'indemnisation jugé trop lent

Le FIVP couvre, pour les exploitants et salariés agricoles, une liste de maladies professionnelles reconnues. Mais sur le terrain, plusieurs associations de victimes — dont Lyannaj pou dépolyé Matinik et l'association des ouvriers agricoles antillais — dénoncent des délais d'instruction qui dépassent fréquemment l'année, des dossiers rejetés pour défaut de preuves d'exposition décennies après les faits, et un périmètre de pathologies indemnisables jugé encore trop étroit. Plusieurs amendements parlementaires ont, ces deux dernières années, tenté d'élargir ce périmètre.

La cicatrice du non-lieu de 2023

Le traumatisme judiciaire reste vif. L'instruction ouverte en 2008 au pôle santé publique du tribunal judiciaire de Paris s'est soldée, en janvier 2023, par un non-lieu prononcé au motif principal de la prescription des faits. La décision a suscité une vague d'indignation aux Antilles, où elle est vécue comme la négation d'une responsabilité collective de l'État, des industriels et des autorités sanitaires. Plusieurs recours ont été engagés ; aucun n'a, à ce jour, abouti à une remise en cause de cette décision.

Un plan chlordécone IV à mi-parcours

Le quatrième « Plan chlordécone » (2021-2027), doté de plus de 90 millions d'euros sur la période, finance des actions de recherche, de dépollution expérimentale, de soutien aux pêcheurs interdits de certaines zones et d'accompagnement médical. À mi-parcours, le bilan, présenté en mai 2026 devant le comité de pilotage à Fort-de-France, fait apparaître des avancées sur le dépistage et la cartographie des sols, mais une déception persistante sur la dépollution effective, dont les techniques restent expérimentales. Pour les associations martiniquaises, la question reste posée : comment indemniser dignement, alors même que la contamination, elle, continue.