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Grève SNCF : l'heure de vérité pour Jean Castex

Ce mercredi 10 juin, une grève nationale unitaire des quatre principaux syndicats de la SNCF perturbe sévèrement TGV, Intercités, RER et Transilien. Premier mouvement national sous la présidence de Jean Castex, c'est un test existentiel pour l'ancien Premier ministre devenu patron du groupe.

Par Margaux Delvienne, journaliste société & transports · 10 juin 2026

Ce mercredi matin, des milliers de voyageurs français ont découvert à la gare le silence des quais vides ou la litanie des panneaux d'annulation. À l'appel des quatre principaux syndicats du groupe — CGT Cheminots, Unsa Ferroviaire, Sud-Rail et CFDT Cheminots — une grève nationale d'une journée perturbe sévèrement TGV, Intercités, RER et Transilien. Une image qui ne s'était plus présentée depuis un bon moment : celle d'une intersyndicale soudée, front commun, refusant de plier.

Il s'agit de la première grève nationale unitaire sous la direction de Jean Castex, nommé PDG de la SNCF le 3 novembre 2025. Pour celui qui est arrivé à la tête du groupe en promettant de restaurer le dialogue et de remettre du liant dans une entreprise fracturée, la journée du 10 juin représente bien plus qu'un simple mouvement social de routine. C'est un test existentiel. Et jusqu'ici, la note n'est pas bonne.

Ce que veulent vraiment les syndicats

Les revendications portées par les quatre fédérations sont multiples, mais elles s'articulent autour d'un noyau dur : les salaires et les conditions de travail. Malgré une augmentation de 2,57 % annoncée pour 2026 dans le cadre des négociations annuelles obligatoires, les syndicats estiment cette revalorisation très en deçà de l'inflation persistante. Ils soulignent que le prix du carburant a augmenté de plus de 25 % à fin mars 2026, que l'inflation dépasse allègrement les 2,5 % sur la même période, et que le SMIC va augmenter de 2,4 % au 1er juin — mais que le patronat ferroviaire continue d'agir comme si tout allait bien.

Sur le front des conditions de travail, la situation est encore plus alarmante. À la SNCF, un agent sur trois déclare aujourd'hui souffrir de troubles anxieux ou dépressifs. Les arrêts maladie liés à la santé mentale ont progressé de 40 % en cinq ans. Les syndicats dénoncent des réorganisations dites « compulsives », la filialisation du groupe, des mobilités forcées et une montée des risques psychosociaux, évoquant des accidents du travail, arrêts maladie et suicides liés au stress. Ce ne sont plus des chiffres abstraits : ce sont des vies abîmées par des décisions managériales prises dans des open spaces parisiens.

Depuis la fin des recrutements au statut en 2020, les cheminots intégrés dans les nouvelles filiales ne bénéficient plus des mêmes droits que ceux du groupe public historique. Une fracture interne qui ronge la cohésion du groupe depuis des années et que personne, ni à la direction ni au gouvernement, ne semble pressé de traiter sérieusement.

Sur les rails : le chaos organisé

Concrètement, pour les voyageurs, la journée ressemble à un parcours du combattant. Au niveau national, deux TGV sur trois devraient rouler. Sur le réseau Intercités, seul un train sur deux circulera, de jour comme de nuit. La SNCF indique que les voyageurs dont le train est annulé seront recontactés et pourront obtenir un remboursement ou reporter leur billet.

En Île-de-France, le tableau est pire encore. La circulation de la plupart des trains RER et Transilien est perturbée toute la journée, même si le trafic sur les lignes de métro devrait rester normal ou quasi-normal. Le RER D tourne entre 1 train sur 2 et 1 train sur 5 selon les branches, avec certaines branches uniquement en heures de pointe. La ligne R affiche entre 1 train sur 2 et 1 train sur 3. Pour des milliers de travailleurs franciliens, c'est une journée à organiser en catastrophe.

Et après ?

Cette journée d'action intervient dans un contexte de rupture du dialogue social après une intersyndicale le 14 avril 2026. Le préavis ne vise pour l'instant qu'une journée isolée. Mais plusieurs sources évoquent un risque de grève reconductible si les négociations échouent, notamment début juillet, ce qui pourrait perturber le lancement des TGV-M prévu le 1er juillet. Jean Castex a une fenêtre courte pour répondre. S'il la laisse passer, l'été promet d'être long.

L'avis de la rédaction — Théodore Mécanis

Une grève unitaire entre quatre syndicats qui s'affrontent habituellement sur tout, ça ne se construit pas sur un caprice. Ça se construit sur des années de mépris, de réorganisations subies et de souffrance au travail documentée. Le chiffre est sans appel : un agent sur trois en détresse psychologique. Quand une entreprise en arrive là, il ne s'agit plus d'un problème social — il s'agit d'une crise humaine. Jean Castex, qui connaît les rouages de l'État mieux que quiconque, sait exactement ce qu'il faut faire. La vraie question est de savoir s'il a l'autorité pour le faire face à une direction qui confond modernisation et appauvrissement. Le 10 juin 2026 devrait sonner comme un avertissement. S'il n'est pas entendu, juillet transformera l'avertissement en incendie.

À retenir

  • 4 syndicats unis (CGT, Unsa, Sud-Rail, CFDT) : première grève unitaire sous Castex.
  • 2 TGV sur 3, 1 Intercités sur 2 ; RER D et ligne R fortement perturbés.
  • Augmentation salariale 2,57 % jugée insuffisante face à l'inflation.
  • 1 cheminot sur 3 en détresse psychologique, +40 % d'arrêts maladie liés à la santé mentale en 5 ans.
  • Risque de grève reconductible début juillet, à la veille du lancement du TGV-M.