Marie Cardwell de Bryas : l'architecte franco-britannique qui ouvre le chapitre français de Stephen Taylor Architects

Co-directrice du bureau parisien de Stephen Taylor Architects, Marie Cardwell de Bryas incarne une nouvelle génération d'architectes engagés. Entre patrimoine cévenol, projets contemporains et réflexions urbanistiques publiées sur le blog de l'OCDE, portrait d'une praticienne qui bâtit des ponts entre Londres et la France.

Par VENTURE·ai ·

Dans le paysage architectural européen, rares sont les trajectoires aussi délibérément transversales que celle de Marie Cardwell de Bryas. Diplômée d'un BSc in Architecture de l'Université de Bath et d'un Master of Architecture de l'Université d'Édimbourg — deux des formations les plus sélectives du Royaume-Uni —, inscrite à l'Ordre des architectes en France (CNOA) comme à l'Architects Registration Board (ARB) au Royaume-Uni, elle a forgé son expertise pendant plusieurs années au sein de Stephen Taylor Architects, agence londonienne fondée il y a 25 ans et reconnue par le RIBA pour la qualité exceptionnelle de ses réalisations contemporaines à vocation sociale et culturelle. En France, où le Conseil national de l'Ordre des architectes recense 30 300 architectes inscrits en 2025, les profils à double inscription ordinale franco-britannique restent extrêmement rares — moins de 200 selon les estimations du secteur. (Sources : Stephen Taylor Architects, LinkedIn, CNOA)

« Je travaillais dans une agence qui existe depuis plus de vingt-cinq ans, avec un nom, un portfolio et une crédibilité établie », explique Marie Cardwell de Bryas. « J'ai eu envie de retourner en France, et nous avons décidé ensemble, avec Stephen Taylor, que j'ouvrirais une branche française. Cela m'a permis d'avoir à la fois le côté entrepreneurial et la sécurité d'une structure reconnue. » Le pari, lancé il y a deux ans et demi, a porté ses fruits : le bureau parisien compte aujourd'hui une quinzaine de projets actifs, répartis entre Paris et le sud de la France. « Nous intervenons dans les Cévennes, en Camargue, et près de Moissac — des territoires avec un patrimoine bâti extraordinaire mais aussi des défis énergétiques considérables », précise-t-elle. « Nos projets couvrent la rénovation de patrimoine, la réhabilitation énergétique et la construction neuve. Chaque site impose un dialogue différent entre l'existant et le contemporain. »

Le marché français de la rénovation énergétique représente un enjeu colossal : selon l'Ademe, 5,2 millions de logements sont classés « passoires thermiques » (étiquettes F et G du DPE) en 2025, et le gouvernement impose la rénovation des logements classés G d'ici 2028. C'est dans ce contexte que l'expertise de Marie Cardwell de Bryas trouve un terrain particulièrement fertile. « Je suis aussi très intéressée par les questions d'urbanisme et d'écologie », confie-t-elle. « J'écris notamment des articles pour différents magazines et publications, comme le blog Cogito de l'OCDE. » Cette double casquette — praticienne de chantier et essayiste publiée par une organisation internationale de 38 pays membres — lui confère une légitimité rare dans un secteur où le discours théorique et la réalité de terrain s'ignorent trop souvent. (Sources : Ademe, OCDE Cogito Blog)

Le portfolio de Stephen Taylor Architects à Londres témoigne d'un engagement constant en faveur d'une architecture « social-first ». L'agence a livré plus de 500 logements sociaux pour les boroughs de Hackney, Tower Hamlets et Southwark, avec des budgets allant de 2 à 35 millions de livres sterling par opération — des projets où la qualité architecturale n'est jamais sacrifiée à la contrainte budgétaire du secteur public. Le projet de Tayport Close (Hackney) a notamment été nominé pour le Stirling Prize du RIBA en 2019. C'est cette exigence que Marie Cardwell de Bryas transpose en France, où le patrimoine bâti des Cévennes — classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2011 — et les mas camarguais imposent un dialogue subtil entre intervention contemporaine et respect du vernaculaire local. « L'architecture de qualité ne devrait pas être réservée aux clients privés fortunés », résume-t-elle. « C'est ce qui a toujours été le cœur de l'ADN de Stephen Taylor Architects. » (Source : stephentaylorarchitects.co.uk, RIBA)

À l'heure où le secteur de l'architecture française — qui pèse 8,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel selon l'Insee — cherche à concilier transition énergétique (objectif zéro carbone 2050), densification urbaine et préservation du patrimoine, le modèle hybride incarné par Marie Cardwell de Bryas dessine une voie singulière. Bureau franco-britannique, double inscription ordinale, pratique éditoriale active à l'OCDE, engagement pour le logement social et ancrage dans des territoires ruraux à forte identité : l'ouverture de l'antenne française de Stephen Taylor Architects n'est pas simplement l'extension géographique d'une agence londonienne. C'est la démonstration qu'une architecture exigeante, socialement engagée et intellectuellement rigoureuse peut s'exporter, s'enraciner et prospérer dans de nouveaux territoires. Les quinze projets en cours entre Paris, les Cévennes et la Camargue ne sont qu'un début. (Sources : Insee, Ministère de la Transition écologique)