Marchés en fête : le Brent passe sous 105 dollars, Wall Street vise un nouveau record

Quelques heures après le communiqué intermédiaire de Pékin, les marchés mondiaux ont basculé. Le baril de Brent perd plus de 4 %, le S&P 500 vise un record historique en pré-ouverture, l'euro repasse au-dessus de 1,11 dollar. Jeudi 14 mai 2026, les opérateurs achètent l'idée d'une désescalade dans le Golfe — sans encore en avoir la preuve.

Par Édouard Valmont, analyste marchés ·

Il aura suffi d'un communiqué de deux pages pour faire basculer les marchés mondiaux. Jeudi 14 mai 2026 à 9 h 03 heure de Paris, soit moins d'une heure après la lecture du texte conjoint Trump–Xi à la Grande Salle du Peuple, le baril de Brent décrochait de 4,3 % à 104,80 dollars, son plus bas niveau depuis le 9 avril. Au même moment, les contrats à terme sur le S&P 500 progressaient de 1,7 %, ouvrant la voie à un possible record historique à l'ouverture de Wall Street. À Francfort, le DAX battait son propre record de clôture, et à Paris le CAC 40 franchissait pour la première fois depuis trois mois la barre des 8 250 points.

Le pétrole, baromètre n°1 du sommet de Pékin

Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz le 4 mars 2026, le pétrole sert de cardiogramme à la guerre Iran–États-Unis. Chaque rumeur de désescalade fait reculer le baril, chaque incident dans le Golfe le fait bondir. Ce jeudi, la combinaison de trois éléments a provoqué le décrochage : la mention onusienne dans le communiqué de Pékin, le repositionnement de pétroliers grecs et qatariens vers Al Fujaïrah, et l'arrêt — confirmé par le Pentagone à 8 h 45 — des exercices de la 5ᵉ flotte au large de Manama.

Les analystes de Goldman Sachs ont publié dans la matinée une note relevant la cible à 12 mois sur le Brent à 92 dollars, contre 105 précédemment. Ceux de JP Morgan vont plus loin : si la résolution franco-britannique passe au Conseil de sécurité la semaine prochaine, le baril pourrait revenir vers 85 dollars d'ici à la fin juin. À l'inverse, un échec du sommet samedi 15 mai relancerait une prime de risque géopolitique de 15 à 20 dollars.

Wall Street : le record en ligne de mire

À 14 h 30 heure de Paris, lorsque sonnera la cloche d'ouverture du New York Stock Exchange, le S&P 500 partira d'environ 5 720 points, à moins de 1,5 % de son record absolu du 19 février 2026. Trois secteurs concentrent l'attention : les semi-conducteurs (Nvidia +3,8 % en pré-marché, AMD +3,2 %), portés par la levée partielle des restrictions à l'export vers la Chine ; le luxe (LVMH +2,9 %, Hermès +2,4 %), bénéficiaire mécanique d'une normalisation sino-américaine ; et l'aéronautique (Boeing +4,1 %), dopée par la perspective d'une commande chinoise de 200 appareils discutée en marge du sommet.

À l'inverse, les valeurs défensives traditionnelles plongent : ExxonMobil cède 3,4 %, Chevron 3,1 %, Lockheed Martin 2,8 %. Le marché bascule de la prime de guerre vers la prime de paix, brutalement, comme il sait le faire.

Europe : Paris et Francfort en tête

À Paris, le CAC 40 progressait de 1,9 % en milieu de matinée, porté par TotalEnergies (+0,8 % seulement, freiné par le repli du brut), STMicroelectronics (+4,2 %), Stellantis (+3,1 %) et l'ensemble du secteur du luxe. À Francfort, le DAX gagnait 2,2 %, tiré par Siemens, SAP et BMW. Londres, plus exposée aux pétrolières, sous-performait avec un FTSE 100 en hausse modeste de 0,7 %.

L'euro, lui, retrouvait ses couleurs : 1,1138 dollar à 11 heures, contre 1,1042 la veille au soir. La Banque centrale européenne, qui doit publier le 12 juin son nouveau jeu de prévisions, voit sa tâche s'alléger : si la trajectoire du Brent se confirme, l'inflation de la zone euro pourrait redescendre sous 2,3 % dès l'été, ouvrant la voie à une nouvelle baisse des taux directeurs en juillet.

Asie : la séance avait déjà donné le ton

La réaction asiatique avait précédé l'européenne. À Tokyo, le Nikkei 225 a clôturé en hausse de 2,4 %, plus forte progression depuis trois mois. À Hong Kong, le Hang Seng a gagné 3,1 %, porté par Tencent (+4,8 %), Alibaba (+5,2 %) et BYD (+4,1 %). Le Shanghai Composite, plus modeste, a progressé de 1,4 %, signe que les opérateurs continentaux restent prudents tant que le communiqué final n'est pas signé.

À Séoul, Samsung et SK Hynix ont gagné respectivement 3,2 % et 4,7 %, anticipant un assouplissement des règles d'export sur les puces mémoire haut de gamme. À Mumbai, le Sensex a progressé de 1,8 %, l'Inde étant identifiée comme l'un des grands gagnants logistiques d'une réouverture d'Ormuz.

Les zones d'ombre

Deux signaux contredisent toutefois l'euphorie. D'abord, l'or — valeur refuge — n'a quasiment pas bougé : 2 412 dollars l'once à 11 heures, contre 2 418 la veille. Si les opérateurs croyaient vraiment à la fin de la guerre, le métal jaune reculerait nettement. Ensuite, le VIX, l'indice de la peur à Wall Street, ne cède que 1,2 point, à 17,8 : significatif mais loin du décrochage qu'on observerait en cas de capitulation des couvertures.

Autre point d'attention : le rendement du Bund allemand à 10 ans remonte à 2,68 %, et celui du Treasury américain à 4,42 %. La détente géopolitique relance immédiatement le spectre d'une croissance plus forte, donc d'une politique monétaire plus restrictive. Le marché obligataire signale ainsi qu'une victoire diplomatique partielle pourrait coûter, à terme, en taux longs.

L'avis de la rédaction

Les marchés ont la mémoire courte et l'enthousiasme rapide. Ce qu'ils achètent ce matin, ce n'est pas la paix mais la promesse d'un cadre. Le communiqué de Pékin n'a libéré aucun marin de Bandar Abbas, n'a remorqué aucun cargo hors d'Ormuz, n'a signé aucun cessez-le-feu. Il a simplement remplacé un silence par une formule. C'est beaucoup, du point de vue diplomatique. C'est peu, du point de vue d'un trader qui doit valoriser un baril dans six mois. Notre conviction : la fenêtre actuelle, marquée par un Brent autour de 105 dollars et un S&P 500 à portée de record, est une fenêtre fragile. Elle peut tenir jusqu'à samedi midi, heure du communiqué final. Au-delà, le marché redeviendra binaire : ou bien la résolution onusienne passe et le baril s'installe sous 90 dollars ; ou bien le sommet se referme sur du vide et la prime de guerre revient en quarante-huit heures. À ce stade, l'optimisme est rationnel, mais il n'a pas encore le droit d'être confortable.

À retenir

  • Jeudi 14 mai 2026 : le Brent recule de 4,3 % à 104,80 dollars, plus bas depuis le 9 avril.
  • Le S&P 500 vise un record historique à l'ouverture de Wall Street.
  • CAC 40 +1,9 %, DAX +2,2 %, Nikkei +2,4 %, Hang Seng +3,1 %.
  • Goldman Sachs abaisse sa cible Brent 12 mois à 92 dollars (vs 105) ; JP Morgan vise 85 dollars en cas d'accord ONU.
  • L'or quasi stable et le VIX à 17,8 montrent que la défiance n'a pas totalement disparu.
  • Le rendement du Bund 10 ans remonte à 2,68 %, du Treasury à 4,42 %.

Sources :