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Détroit d'Ormuz : les Pasdaran ouvrent le feu sur trois navires marchands, 21 marins indiens indemnes

Vendredi 24 avril 2026 à l'aube, les Gardiens de la Révolution iraniens ont ouvert le feu sur trois navires marchands tentant de franchir le détroit d'Ormuz, dont le porte-conteneurs Euphoria sous pavillon panaméen et le tanker Epaminondas. Les 21 marins indiens à bord sont indemnes mais la marine américaine a dû escorter les bâtiments hors de la zone. New Delhi proteste, Téhéran maintient que la réouverture du détroit est « impossible » tant que durera le blocus naval américain.

Par Théodore Langris, correspondant actualités · 24 avril 2026

Il était 6h12 heure locale, vendredi 24 avril 2026, lorsque trois patrouilleurs rapides des Gardiens de la Révolution iraniens (CGRI) ont surgi par tribord du porte-conteneurs Euphoria, immatriculé Panama mais armé par un opérateur basé à Singapour. Sommé de se dérouter vers Bandar Abbas, le navire a refusé d'obtempérer. Les Iraniens ont alors ouvert le feu, principalement à la mitrailleuse lourde de calibre 12,7 mm, perforant la cabine de pilotage et endommageant un container réfrigéré sans toucher la coque sous la ligne de flottaison. Selon le communiqué publié quelques heures plus tard par le ministère indien des Affaires étrangères, les 21 marins indiens à bord — sur un équipage total de 24 personnes — sont sains et saufs et ont été pris en charge par un destroyer américain de la Ve Flotte basée à Bahreïn.

Un deuxième navire visé : le tanker Epaminondas

Moins de quarante minutes après le premier incident, un deuxième navire a été pris pour cible : le tanker LPG Epaminondas, sous pavillon grec, avec à son bord plusieurs ressortissants indiens et philippins. Le bâtiment, qui transportait du gaz de pétrole liquéfié vers Singapour, a essuyé une dizaine de tirs de sommation avant que les Pasdaran ne se retirent à l'approche d'un hélicoptère MH-60R Sea Hawk américain. Un troisième navire, dont l'identité n'a pas été divulguée par le Pentagone, aurait également été menacé sans qu'aucun coup de feu ne soit tiré. Aucune victime n'est à déplorer, mais les images diffusées en milieu de matinée par la chaîne Al-Arabiya, montrant l'Euphoria avec sa passerelle criblée d'impacts, ont fait l'effet d'une douche froide sur les marchés.

La réponse iranienne : « rouvrir Ormuz est impossible »

La réaction officielle iranienne est tombée à 11h00 heure de Téhéran, dans la bouche du président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf. Le numéro deux du régime, qui mène les négociations pour le dossier nucléaire, a martelé que « la réouverture totale du détroit d'Ormuz est tout simplement impossible tant que les violations flagrantes de la trêve par les États-Unis se poursuivront ». Téhéran cible explicitement deux griefs : le blocus naval américain qui paralyse les ports iraniens depuis le 14 avril, et ce que Ghalibaf qualifie de « bellicisme israélien sur tous les fronts ». La République islamique ne reconnaît pas avoir « attaqué » les navires : elle parle d'une « opération de contrôle » dans des eaux qu'elle revendique comme « territoriales » sur la base du mille marin de souveraineté.

New Delhi entre fermeté et prudence

À New Delhi, le ministère des Affaires étrangères a convoqué dans la matinée le chargé d'affaires iranien, lui exprimant « la plus grande préoccupation » du gouvernement indien quant à la sécurité de ses 21 ressortissants. Pour autant, l'Inde maintient une posture diplomatique mesurée : 70 % de son brut importé transite par Ormuz, et plus de 200 000 marins indiens travaillent sur les flottes mondiales de tankers et de cargos. Le Premier ministre Narendra Modi a convoqué dans l'après-midi un Conseil de sécurité restreint et annoncé l'envoi de la frégate INS Sahyadri en renfort de la Task Force 50 indienne déjà déployée dans le golfe d'Oman. Aucune option militaire offensive n'est envisagée, mais New Delhi accélère ses démarches pour une protection multinationale du trafic maritime.

Wall Street tremble, le Brent à 99,40 $

L'effet sur les marchés a été immédiat. À l'ouverture de Londres, le Brent gagnait 4,2 % à 99,40 dollars le baril, frôlant à nouveau la barre psychologique des 100 dollars qu'il n'avait franchi qu'une seule fois depuis le début de la crise iranienne. Le CAC 40 a ouvert en baisse de 0,67 % à 8 171,93 points, plombé par l'aviation (Air France-KLM −2,8 %), les croisiéristes (Carnival, Royal Caribbean) et l'assurance maritime. À l'inverse, TotalEnergies, Shell et BP progressaient. À Genève, le spot du fret de tanker VLCC pour la route Golfe-Asie a bondi de 11 % en une séance, signe d'une prime de risque maritime durablement installée.

L'avis de la rédaction

Les tirs du 24 avril ne sont pas un nouveau seuil franchi : ils sont la confirmation que la « trêve » américano-iranienne entrée en vigueur début avril ne couvre pas la guerre maritime. Téhéran a parfaitement calibré son geste — pas de victimes, pas de naufrage, juste assez de violence pour rappeler qu'il conserve la main sur l'artère vitale du commerce énergétique mondial, mais pas assez pour justifier une riposte américaine massive. C'est l'art consommé de l'escalade contrôlée. Pour les États-Unis, le dilemme est cornélien : lever le blocus, c'est récompenser la pression iranienne ; le maintenir, c'est garantir que d'autres incidents auront lieu. Pour l'Inde, la France et l'Europe, qui dépendent toutes du détroit, la seule réponse rationnelle serait une force navale conjointe permanente — mais aucune capitale n'ose l'assumer politiquement. Tant que ce vide stratégique persistera, Ormuz restera le baromètre nerveux d'un Moyen-Orient suspendu entre guerre et paix.

À retenir

  • Trois navires marchands pris pour cible vendredi 24 avril 2026 dans le détroit d'Ormuz.
  • Porte-conteneurs Euphoria (Panama) et tanker Epaminondas (Grèce) endommagés par tirs des Pasdaran.
  • 21 marins indiens à bord, tous indemnes ; intervention de la Ve Flotte américaine.
  • Téhéran (Ghalibaf) refuse de rouvrir totalement Ormuz tant que dure le blocus naval US.
  • Brent à 99,40 $/baril, CAC 40 à 8 171,93 pts (−0,67 %) à l'ouverture.

Sources :

  • BBC News — Iran says reopening Strait of Hormuz 'impossible' if US blockade continues, 24 avril 2026
  • Firstpost — Govt says Indian seafarers safe in Strait of Hormuz despite firing incidents, 24 avril 2026
  • Oneindia — 21 Indian crew safe after Iranian firing on vessel Euphoria in Strait of Hormuz, 24 avril 2026
  • BBC — Iran says it has seized two ships in Strait of Hormuz after vessels attacked, 22 avril 2026