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Quand les médias veulent que Trump échoue : enquête sur un biais éditorial devenu systémique

Couverture à charge, titres orientés, experts univoques : une partie de la presse internationale semble avoir abandonné toute prétention de neutralité face à la présidence Trump. Analyse d'un phénomène qui interroge les fondements mêmes du journalisme.

Par Camille Jobert, Éditorialiste Géopolitique · 8 avril 2026

Le constat est devenu si évident qu'il en est presque banal. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, une fraction significative des grands médias occidentaux — américains en tête, mais aussi européens — semble avoir définitivement renoncé au principe fondamental du journalisme : rapporter les faits sans parti pris. Ce n'est plus une question de sensibilité éditoriale ou d'angle critique légitime. C'est un phénomène structurel, mesurable, documenté. Une étude du Shorenstein Center de Harvard, publiée en février 2026, révèle que 87 % de la couverture médiatique de la présidence Trump dans les cinq principaux médias américains (CNN, MSNBC, New York Times, Washington Post, ABC News) est classée comme « négative » — un chiffre stable depuis 2017 et sans équivalent pour aucun autre président de l'ère moderne, démocrate ou républicain.

Le problème ne réside pas dans la critique. Critiquer le pouvoir est non seulement légitime, c'est la raison d'être d'une presse libre. Le problème réside dans l'asymétrie systématique du traitement. Quand Trump négocie un accord commercial, le cadrage dominant est « qu'est-ce qui pourrait mal tourner ». Quand l'économie crée des emplois, le réflexe est de chercher la faille dans les chiffres. Quand une décision de politique étrangère produit un résultat, fût-il partiel, la couverture se concentre sur les risques plutôt que sur les acquis. Ce biais de négativité sélective — inexistant ou inversé pour d'autres dirigeants — crée une distorsion informationnelle qui ne sert ni le public, ni la démocratie, ni la profession elle-même. Le Reuters Institute for the Study of Journalism a mesuré en 2025 que la confiance dans les médias traditionnels est tombée à 32 % aux États-Unis et 38 % en Europe — des plus bas historiques.

Les mécanismes de ce biais sont multiples et souvent inconscients. Le premier est sociologique : les rédactions des grands médias américains et européens sont composées à 78 % de journalistes se déclarant « progressistes » ou « de centre-gauche », selon un sondage interne du Pew Research Center de 2025. Cette homogénéité idéologique ne produit pas nécessairement de la mauvaise foi, mais elle génère des angles morts : certaines perspectives ne sont tout simplement jamais envisagées parce que personne dans la salle de rédaction ne les porte. Le deuxième mécanisme est économique : le « Trump bashing » fait vendre. CNN a vu ses audiences bondir de 40 % pendant les périodes de couverture agressive de Trump. Le modèle économique de l'indignation permanente est devenu un piège dont les rédactions peinent à sortir.

Le troisième mécanisme, peut-être le plus insidieux, est celui du « fact-checking » à géométrie variable. Les déclarations de Trump sont passées au crible avec une minutie obsessionnelle — ce qui est sain — mais le même standard n'est presque jamais appliqué à ses adversaires ou aux experts invités à le commenter. Quand un éditorialiste du Washington Post affirme que « l'économie s'effondre sous Trump », personne ne fact-checke cette affirmation pourtant contredite par les données du Bureau of Labor Statistics. Ce deux poids, deux mesures mine la crédibilité de l'ensemble de l'exercice et alimente le narratif populiste selon lequel les médias sont « l'ennemi du peuple » — une rhétorique dangereuse qui se nourrit précisément des failles réelles de la profession.

La question que nous posons chez OrChair — en tant que média fondé sur la transparence algorithmique et l'absence d'actionnariat politique — est la suivante : un journalisme d'opinion assumé ne serait-il pas plus honnête qu'une pseudo-objectivité qui ne trompe plus personne ? Le modèle anglo-saxon de la séparation stricte entre « news » et « opinion » a manifestement échoué dans la pratique, même s'il reste un idéal théorique louable. Peut-être est-il temps d'admettre que chaque média a une ligne, de l'afficher clairement, et de laisser le lecteur naviguer en connaissance de cause. Ce qui est véritablement bizarre, comme le souligne notre titre, ce n'est pas qu'un média soit critique envers un dirigeant. C'est qu'il investisse autant d'énergie à vouloir qu'il échoue — au risque de souhaiter, consciemment ou non, que le pays qu'il dirige échoue avec lui. Et cela, aucun journalisme digne de ce nom ne peut le justifier.