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Petits réacteurs modulaires : la renaissance nucléaire de 2026 passera-t-elle par les SMR ?

Annoncés depuis quinze ans, les Small Modular Reactors entrent enfin en phase de déploiement industriel : NuScale, Rolls-Royce SMR, EDF Nuward, BWXT, GE-Hitachi BWRX-300. Premier réacteur commercial attendu pour 2029. Tour d'horizon d'une technologie qui pourrait redéfinir la stratégie énergétique mondiale.

Par Victor Langeron, correspondant recherche · 6 juin 2026

Les Small Modular Reactors (SMR) sont une vieille promesse. Le concept — produire des réacteurs nucléaires de puissance unitaire réduite (10 à 300 MW), fabriqués en série dans des usines plutôt qu'érigés site par site — a été formulé dès les années 1950. Il a connu plusieurs faux départs. La spécificité de 2026 est qu'il entre, enfin, dans une phase de déploiement industriel commercial, sous la double pression de la décarbonation et de l'explosion de la demande électrique liée aux data centers.

Une cinquantaine de designs, quelques finalistes

La base de données de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) recense aujourd'hui plus de 80 designs de SMR dans le monde, dont une cinquantaine en développement actif. Mais le marché commercial à court terme se concentrera sur une poignée de finalistes : NuScale (États-Unis, 77 MW par module, technologie à eau pressurisée), GE-Hitachi BWRX-300 (300 MW, eau bouillante), Rolls-Royce SMR (470 MW, plus exactement à la frontière SMR / réacteur moyen), EDF Nuward (170 MW, eau pressurisée), BWXT mPower (États-Unis), et plusieurs designs canadiens et chinois.

Les premières mises en service commerciales sont attendues : 2029 pour le BWRX-300 de GE-Hitachi en Ontario (projet Darlington d'OPG), 2030-2031 pour Rolls-Royce SMR au Royaume-Uni, 2032-2033 pour Nuward en France. La Chine fait cavalier seul avec son design Linglong One (ACP100, 125 MW) déjà en construction à Changjiang sur l'île de Hainan, dont la divergence est annoncée pour fin 2026.

Les chiffres-clés des SMR 2026

  • 80+ : designs de SMR référencés par l'AIEA dans le monde.
  • 10 à 470 MW : plage de puissance unitaire des SMR.
  • 2029 : première mise en service commerciale attendue (BWRX-300, Ontario).
  • 3 à 5 Mds $ : coût d'un projet SMR (4 à 6 modules), contre 12 à 20 Mds $ pour un EPR.
  • 30 % : objectif de réduction de coût au MWh des SMR par effet de série, à terme.
  • 50 GW : capacité SMR mondiale projetée d'ici 2035 par l'AIE (scénario médian).
  • France : 1 Md € engagé par l'État dans Nuward via France 2030.

Pourquoi maintenant — et pourquoi les data centers changent la donne

La renaissance nucléaire de 2024-2026 a deux moteurs convergents. Premier moteur : la décarbonation. Les engagements net-zero des États comme des grandes entreprises rendent indispensable une électricité bas-carbone disponible 24/7. Le nucléaire est, à côté de l'hydraulique de barrage et de certaines configurations de géothermie, l'une des rares technologies capables d'offrir cette signature.

Second moteur : la demande des data centers d'IA. L'explosion des besoins électriques liée à l'entraînement et à l'inférence des modèles d'IA a placé les hyperscalers (Microsoft, Google, Amazon, Meta) en position d'acheteurs structurels d'électricité ferme bas-carbone. Microsoft a signé en 2024 un accord historique pour la réouverture de Three Mile Island Unit 1 (rebaptisée Crane Clean Energy Center). Amazon a investi dans X-energy. Google a signé avec Kairos Power. Les SMR offrent une promesse séduisante : des unités de quelques centaines de mégawatts déployables sur ou à proximité immédiate des campus data center, avec un calendrier d'industrialisation compatible avec la trajectoire des hyperscalers.

Les obstacles qui restent

L'enthousiasme ne doit pas masquer les difficultés. Premier obstacle : le coût réel. Le projet pionnier de NuScale dans l'Utah (UAMPS) a été annulé en 2023 après une dérive du coût projeté à 89 $/MWh, jugée incompatible avec le marché. Les économies d'échelle attendues ne se matérialiseront que sur des séries de plusieurs dizaines de modules, ce qui suppose des carnets de commandes encore largement incertains.

Deuxième obstacle : la réglementation. Les autorités de sûreté nucléaire — NRC américaine, ASN française (devenue ASNR en 2025), ONR britannique — n'ont pas été conçues pour traiter en série des dossiers de conception. La standardisation des designs et les procédures d'autorisation de modèle, en cours d'expérimentation, sont la condition d'un déploiement véritablement industriel.

Troisième obstacle : le cycle du combustible. Plusieurs designs (BWRX-300, Nuward) utilisent du combustible standard, ce qui est un avantage. D'autres (X-energy, TerraPower Natrium) requièrent du HALEU — uranium faiblement enrichi à haut titre (5 à 20 %) — dont la chaîne d'approvisionnement reste très concentrée, historiquement russe, et désormais en cours de relocalisation aux États-Unis et en Europe.

« La question n'est plus de savoir si les SMR existeront. Elle est de savoir qui livrera, dans les délais, à un coût compétitif. Et combien de designs survivront à la phase de sélection industrielle. » — Rafael Mariano Grossi, directeur général de l'AIEA, février 2026.

À retenir

  • Plus de 80 designs de SMR référencés par l'AIEA.
  • Première mise en service commerciale attendue en 2029 (BWRX-300, Ontario).
  • France : 1 Md € engagé sur le projet Nuward (EDF), mise en service ciblée 2032-2033.
  • Microsoft, Amazon, Google : trois moteurs commerciaux majeurs côté data centers.
  • 50 GW de capacité SMR projetée d'ici 2035 (AIE, scénario médian).
  • Obstacles : coût réel, harmonisation réglementaire, chaîne HALEU.