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Mali : offensive jihadiste coordonnée sur Bamako, Kati, Kidal et Gao, la junte d'Assimi Goïta sous pression

Le samedi 25 avril 2026, à l'aube, des combats d'une intensité inédite ont éclaté simultanément dans plusieurs régions du Mali, du camp militaire de Kati — fief du général Assimi Goïta — aux villes de Kidal, Gao et Sévaré. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) revendique une opération « nationale », tandis que les rebelles touareg du CSP-DPA disent contrôler une partie de Kidal. C'est l'attaque la plus ambitieuse contre la junte malienne depuis le coup d'État de mai 2021.

Par Camille Darrieux, correspondante diplomatique · 25 avril 2026

Il était à peine 5 heures, samedi 25 avril 2026, lorsque les premiers tirs nourris ont retenti à Kati, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Bamako. La localité abrite le camp militaire qui sert de résidence officielle au général Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir depuis le coup d'État du 24 mai 2021. Au même moment, des détonations étaient entendues à plus de 1 500 kilomètres de là, à Kidal, Gao et Sévaré. Pour la première fois depuis la prise de pouvoir des militaires, l'État malien fait face à une offensive armée coordonnée à l'échelle de tout son territoire — une démonstration de capacité opérationnelle qui change la nature même du conflit.

Une opération conçue comme une démonstration de force

Selon les premiers éléments rassemblés par RFI, France 24 et Jeune Afrique, l'offensive mobiliserait « plusieurs centaines, voire davantage » de combattants. Les attaques visent simultanément des cibles symboliques — le camp de Kati pour la junte, les chefs-lieux régionaux du Nord pour l'État central — et des cibles d'opportunité comme des postes de gendarmerie isolés dans le centre du pays. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda et dirigé par Iyad Ag Ghali, a revendiqué l'opération dans la matinée via ses canaux Telegram, parlant d'une « campagne nationale » destinée à « libérer le Mali de la tyrannie ». Le mouvement avait déjà multiplié les attaques d'envergure ces derniers mois, mais jamais de manière aussi synchronisée.

Kidal : le retour offensif des Touaregs

Dans le Nord, l'offensive a une autre signature. Le Cadre stratégique permanent — Déclaration politique et action (CSP-DPA), coalition rebelle touareg, affirme contrôler plusieurs quartiers de Kidal, ville reconquise par l'armée malienne et ses supplétifs russes d'Africa Corps (ex-Wagner) en novembre 2023 au prix de combats meurtriers. Si elle se confirmait, la perte de Kidal serait un revers stratégique majeur pour Bamako. À Gao, les combats se concentrent autour du camp militaire et de l'aéroport. Les ONG humanitaires présentes sur place font état de tirs d'armes lourdes et d'une coupure totale des communications mobiles, rendant tout bilan impossible en milieu de journée.

Une junte affaiblie, des soutiens russes en retrait

L'attaque intervient au pire moment pour le pouvoir d'Assimi Goïta. Depuis la mort, en juillet 2024, du commandant Sergueï Tchoubko et de plusieurs dizaines de combattants Wagner dans l'embuscade de Tinzaouatène, la présence russe au Mali s'est réduite et professionnalisée sous la bannière d'Africa Corps, mais sans retrouver son volume initial. L'armée malienne, elle, paie le prix de quatre années de purges politiques, de coupes dans la formation et d'un effort de guerre concentré sur les drones turcs Bayraktar TB2 — efficaces en zone ouverte, mais peu pertinents en combat urbain. À Bamako, la rumeur d'un possible coup de force interne profitant du chaos a circulé toute la matinée sur les réseaux sociaux, sans confirmation à ce stade.

La région retient son souffle

Les voisins du Mali — Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Sénégal, Algérie — ont aussitôt renforcé leurs dispositifs frontaliers. La CEDEAO, dont le Mali s'est retiré début 2024 avec ses partenaires de l'Alliance des États du Sahel, a publié un communiqué appelant « à la retenue et à la protection des populations civiles ». Paris est resté silencieux à la mi-journée, l'ambassade de France à Bamako se contentant de recommander à ses 4 200 ressortissants de rester confinés. Washington a annoncé un suivi de la situation par l'Africa Command. Plus inquiétant, un télégramme de l'ONU consulté par l'AFP évoque un risque de débordement du conflit vers l'ouest, jusqu'à Kayes et la frontière sénégalaise, où la présence du JNIM s'est densifiée depuis l'automne 2025.

L'avis de la rédaction

L'offensive du 25 avril 2026 n'est pas un raid de plus : c'est l'aboutissement d'une stratégie patiente, préparée depuis au moins dix-huit mois par le JNIM et ses alliés tactiques. En frappant simultanément Kati, Kidal et Gao, les groupes armés signent leur entrée dans une nouvelle phase — celle d'une guerre conventionnelle décentralisée, et non plus d'une guérilla d'embuscades. La junte malienne, fragilisée par ses choix géopolitiques (rupture avec la France, dépendance russe) et par l'effritement de son outil militaire, se retrouve nue face à une menace qu'elle a longtemps minimisée. Pour le Sahel tout entier, le scénario qui se dessine est celui d'un effondrement à la libyenne ou à la somalienne, mais à une autre échelle. La communauté internationale, et notamment l'Union africaine, ne pourra pas longtemps continuer à détourner le regard : un Mali livré au JNIM, c'est l'antichambre d'une crise migratoire, sécuritaire et humanitaire dont l'Europe paiera tôt ou tard le prix.

À retenir

  • Attaques coordonnées à l'aube du 25 avril 2026 contre Kati, Bamako, Kidal, Gao et Sévaré.
  • JNIM (groupe affilié à Al-Qaïda) revendique une « campagne nationale ».
  • CSP-DPA touareg revendique le contrôle partiel de Kidal.
  • Camp militaire de Kati attaqué : c'est la résidence du général Assimi Goïta.
  • Présence russe (Africa Corps) réduite depuis Tinzaouatène (juillet 2024).

Sources :

  • Boursorama / AFP — Mali : attaques coordonnées près de Bamako et dans l'intérieur, 25 avril 2026
  • Le Temps — Le Mali en proie à des attaques coordonnées près de Bamako, 25 avril 2026
  • RFI — Mali : des tirs entendus dans plusieurs localités dont Kati, fief de la junte, 25 avril 2026
  • Jeune Afrique — Mali : ce que l'on sait de l'offensive des groupes armés sur Bamako, Kidal et Gao, 25 avril 2026