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Sénégal : Ousmane Sonko élu président de l'Assemblée nationale quatre jours après son limogeage

Mardi 26 mai 2026 à Dakar, Ousmane Sonko a été élu président de l'Assemblée nationale sénégalaise avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés. Quatre jours après son limogeage de la primature par le président Bassirou Diomaye Faye, le fondateur du PASTEF s'installe à la deuxième fonction de l'État, dans un climat de cohabitation inédite au sommet.

Par Lamine Faye, correspondant Afrique de l'Ouest · 26 mai 2026

C'est dans une atmosphère électrique que la séance s'est ouverte ce mardi 26 mai 2026 dans l'hémicycle de Dakar. Quatre jours seulement après avoir été limogé de la primature par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko, fondateur du PASTEF et figure centrale du « projet de rupture » porté au pouvoir en avril 2024, a été élu président de l'Assemblée nationale du Sénégal. Le score, rapporté par Le Soleil et l'Agence Ecofin, est sans appel : 132 voix favorables sur 133 suffrages exprimés, en l'absence des députés de l'opposition qui ont boycotté la séance. Sonko devient officiellement la deuxième personnalité de l'État, juste après le chef de l'État.

Une mécanique parlementaire parfaitement huilée

La rapidité de la contre-offensive révèle la discipline du PASTEF. En moins de 48 heures après son limogeage du 22 mai, l'appareil du parti avait activé son groupe parlementaire et désigné Sonko candidat naturel au perchoir. Réintégré comme député à la suite des élections législatives de novembre 2024, il a bénéficié du soutien massif des 130 sièges PASTEF sur 165 à l'Assemblée. Sonko succède à El Malick Ndiaye, démissionnaire le samedi 24 mai au nom de l'« intérêt supérieur de la nation » — une formule qui en dit long sur l'ampleur de la crise interne au sommet de l'État.

La fracture Sonko–Faye, épicentre d'un séisme politique

Pour comprendre la séquence, il faut remonter aux tensions croissantes entre les deux figures du duo qui avait conquis le pouvoir en avril 2024. Bassirou Diomaye Faye, élu président quelques jours après sa libération de prison, avait nommé Sonko — son mentor politique — à la primature. Deux ans plus tard, leurs divergences sur la gouvernance, la répartition du pouvoir et l'orientation économique du régime ont fini par fissurer la relation. Le 22 mai, Faye a tranché : limogeage de Sonko et nomination d'Ahmadou Alhaminou Lo comme nouveau Premier ministre. Beaucoup y ont vu le point culminant d'une guerre froide larvée que les deux hommes ne masquaient plus qu'à grand-peine depuis des mois.

L'opposition crie au « coup d'État institutionnel »

La séance d'élection a été marquée par l'absence de l'opposition, qui dénonce, par la voix de plusieurs de ses leaders cités notamment par Senenews, une « mascarade institutionnelle » et un « coup d'État parlementaire » destinés à consolider un pouvoir PASTEF qu'elle juge déjà hégémonique. D'autres analystes soulignent au contraire que la procédure est strictement constitutionnelle : Sonko est député, son parti dispose de la majorité, et l'élection s'est tenue à bulletin secret conformément au règlement de l'Assemblée. Reste que le boycott prive le scrutin d'une partie de sa portée symbolique.

Une cohabitation inédite au sein du même parti

Le Sénégal entre désormais dans une période politique sans précédent : un président de la République et un président de l'Assemblée nationale issus du même parti mais dont les relations ont viré à l'hostilité ouverte. Dans son discours inaugural, Sonko a évoqué les « divergences » au sommet de l'État, tout en saluant le « sens patriotique » de son prédécesseur Malick Ndiaye — un texte mesuré, presque présidentiel, qui laisse entendre qu'il entend installer son nouveau perchoir dans la durée et en faire un contre-pouvoir face à l'exécutif. L'ère Faye-Sonko n'est pas terminée, mais elle change de nature.

L'avis de la rédaction

Ce que la politique sénégalaise vient d'écrire en quatre jours ferait rougir les scénaristes les plus ambitieux. Limogé un vendredi, président de l'Assemblée nationale le mardi suivant : Sonko n'est pas tombé, il a rebondi avec une hauteur qui laisse pantois. Mais au-delà du spectacle, la séquence pose une question grave : si les deux architectes du projet de rupture ne peuvent pas gouverner ensemble, qui incarnera ce projet ? Le Sénégal mérite mieux qu'une guerre fratricide au sommet. L'histoire jugera vite.

À retenir

  • Ousmane Sonko élu président de l'Assemblée nationale le 26 mai 2026, quatre jours après son limogeage de la primature.
  • 132 voix favorables sur 133 suffrages exprimés, opposition boycottant la séance.
  • Sonko succède à El Malick Ndiaye, démissionnaire le 24 mai au nom de l'« intérêt supérieur de la nation ».
  • Ahmadou Alhaminou Lo nommé Premier ministre par Bassirou Diomaye Faye le 22 mai.
  • Cohabitation inédite au sein du même parti PASTEF, avec deux pôles de pouvoir issus du même camp.

Sources :

  • Le Soleil — Ousmane Sonko élu président de l'Assemblée nationale, 26 mai 2026
  • Agence Ecofin — Sénégal : Ousmane Sonko élu président de l'Assemblée nationale, 26 mai 2026
  • Senenews — Installé président de l'Assemblée nationale : Ousmane Sonko évoque les divergences au sommet de l'État, 26 mai 2026
  • Senenews — Ousmane Sonko candidat à la présidence de l'Assemblée nationale, l'opposition dénonce un coup d'État institutionnel, 25 mai 2026