Accueil › actualites

Détroit d'Ormuz : Trump rejette l'offre iranienne, le blocus se prolonge et le pétrole s'envole à 125 dollars

Donald Trump l'a confirmé jeudi 30 avril 2026 à Axios : il maintiendra le blocus naval américain sur les ports iraniens « plusieurs mois » s'il le faut, jusqu'à un accord global sur le programme nucléaire de Téhéran. Le rejet implicite de l'offre iranienne du 27 avril — réouverture d'Ormuz contre fin du blocus — a provoqué une nouvelle flambée du Brent au-dessus de 125 dollars le baril, ouvert la voie à un programme d'aides d'urgence européen et plongé la Maison-Blanche dans des « conversations actives » avec le Congrès sur une autorisation formelle de la guerre. L'Iran, par la voix du président Massoud Pezeshkian, qualifie le blocus de « voué à l'échec ».

Par Maxime Delaunay, chef de desk · 30 avril 2026

C'est la phrase qui a fait basculer les marchés mondiaux à l'ouverture de Wall Street, jeudi 30 avril 2026. Dans une interview accordée la veille au soir au site Axios, Donald Trump a déclaré qu'il ne lèverait pas le blocus naval américain sur les ports iraniens « tant que Téhéran ne sera pas revenu à la table avec un accord nucléaire complet ». Concrètement, c'est le rejet — feutré mais définitif — de l'offre transmise par le Pakistan le 27 avril, qui proposait une désescalade en deux phases avec, dans un premier temps, la simple réouverture du détroit d'Ormuz contre la fin du blocus. La Maison-Blanche envisage désormais de prolonger le dispositif « plusieurs mois », a confirmé un haut responsable au Washington Examiner.

Le baril s'envole à 125 dollars

Les conséquences sont immédiates. À l'ouverture européenne, le Brent a bondi de plus de 6 % pour franchir le seuil symbolique des 125 dollars le baril, son plus haut niveau depuis le pic de 2022. Le WTI suit, à 121 dollars. Goldman Sachs, dans une note publiée jeudi matin, prévient désormais qu'un blocus « durable » pourrait pousser le brut « au-delà de 150 dollars » d'ici la fin du deuxième trimestre, avec un effet d'entraînement sur l'inflation mondiale. La Banque centrale européenne, qui se réunit le 7 mai, devrait décaler à nouveau toute baisse de taux. À Tokyo, le Nikkei a clôturé en baisse de 1,9 %, plombé par la hausse des coûts énergétiques pour l'industrie japonaise.

L'Union européenne dégaine un plan d'urgence

Face à la flambée des prix, la Commission européenne a annoncé, mercredi soir, l'assouplissement temporaire des règles sur les aides d'État pour les secteurs les plus exposés : transport routier, pêche, agriculture, industrie lourde, transformation alimentaire. Concrètement, Bruxelles autorise les États membres à compenser jusqu'à 50 % du surcoût énergétique pour les TPE-PME, dans la limite d'un plafond de 280 000 euros par entreprise. Une enveloppe d'environ 12 milliards d'euros est mobilisée via le mécanisme RePowerEU. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a parlé d'« un effort d'urgence européen pour absorber le choc d'un conflit qui n'est pas le nôtre, mais dont nous payons le prix ». La France, l'Allemagne et l'Italie ont d'ores et déjà annoncé des plans nationaux complémentaires.

Téhéran : « un blocus voué à l'échec »

De son côté, l'Iran maintient une posture ferme. Le président réformateur Massoud Pezeshkian a déclaré jeudi matin sur la télévision d'État IRIB que « le blocus naval américain est voué à l'échec » et que « le peuple iranien a connu pire dans son histoire ». Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, lui, a évoqué publiquement une possible « perturbation de la stabilité régionale » si les États-Unis ne reviennent pas à des « négociations sérieuses ». Sur le terrain, les forces iraniennes restent en alerte : un drone s'est écrasé jeudi matin à Shomera, dans le nord d'Israël, à la frontière libanaise, sans faire de victimes — l'origine n'a pas été officiellement attribuée. Téhéran a, parallèlement, remercié Moscou pour le « soutien constant » de la Russie, après une visite d'Araghchi au Kremlin lundi.

Washington discute d'une autorisation formelle de guerre

À Washington, l'autre nouvelle de la journée vient du Capitole. Selon une exclusivité du Washington Examiner publiée jeudi 30 avril, l'équipe Trump est en « conversations actives » avec le Congrès pour solliciter une autorisation formelle de la « Operation Epic Fury », nom de code de la campagne militaire américaine en Iran. La Maison-Blanche a jusqu'à vendredi soir pour, soit obtenir un vote, soit voir certains parlementaires invoquer la War Powers Resolution de 1973 et imposer un débat. Le sénateur républicain Rand Paul, le démocrate Tim Kaine et plusieurs élus indépendants ont déjà annoncé déposer des résolutions concurrentes pour limiter l'engagement américain. La Speaker de la Chambre, Mike Johnson, est sous pression : il devra arbitrer entre la fidélité au président et l'érosion de soutien dans son propre groupe.

L'avis de la rédaction

Le rejet par Donald Trump de l'offre iranienne marque un point de bascule. Trois lectures se chevauchent. La première est tactique : Trump joue la montre, convaincu que la pression économique finira par faire céder Téhéran avant que sa propre opinion publique ne se retourne. C'est un pari osé, car les analystes pétroliers estiment que l'Iran dispose encore d'au moins un mois de stockage sans dégâts pour ses puits. La deuxième lecture est stratégique : refuser une désescalade partielle, c'est valider l'idée que le nucléaire iranien doit être traité « maintenant ou jamais », au prix d'un bras de fer dont le coût mondial dépasse déjà 100 milliards de dollars de pertes économiques. La troisième lecture est politique : Trump anticipe le prochain cycle électoral et veut graver dans la durée l'image d'un président qui n'aura jamais cédé. Notre conviction : ce blocus prolongé est tenable trois mois maximum. Au-delà, soit la Chine intervient, soit le Sénat reprend la main, soit le Brent atteint un niveau qui rendra l'inaction politiquement intenable. Le compte à rebours diplomatique, en réalité, vient de commencer.

À retenir

  • Trump confirme à Axios qu'il maintient le blocus naval « plusieurs mois ».
  • Brent au-dessus de 125 $/baril, plus haut depuis le pic 2022 ; WTI à 121 $.
  • L'UE débloque ~12 Mds € via RePowerEU pour amortir le choc énergétique.
  • Pezeshkian (Iran) : « blocus voué à l'échec » ; un drone s'écrase à Shomera (nord d'Israël).
  • Congrès US : « conversations actives » sur autorisation formelle de l'« Operation Epic Fury ».

Sources :

  • CNBC — Trump might have to maintain blockade for months before Iran feels pain, 30 avril 2026
  • Yahoo Finance / Bloomberg — Trump Says He Rejects Iran's Hormuz Offer, Sustains Blockade, 30 avril 2026
  • Le Monde — En direct, guerre au Moyen-Orient : pétrole s'envole, blocus prolongé, 30 avril 2026
  • Le Parisien — Direct guerre au Moyen-Orient, Pezeshkian : blocus voué à l'échec, 30 avril 2026
  • RFI — UE facilite les aides aux secteurs touchés par la flambée énergétique, 30 avril 2026
  • Washington Examiner — White House having 'active conversations' on Iran war authorization, 30 avril 2026