Sommet de Pékin, jour 2 : Trump et Xi font un premier pas, l'Iran retient son souffle

Au matin du jeudi 14 mai 2026, après une nuit de tractations à la Grande Salle du Peuple, Donald Trump et Xi Jinping ont publié un communiqué intermédiaire évoquant des « avancées substantielles » sur le commerce et un « cadre de discussion » sur le dossier iranien. Au 76ᵉ jour de la guerre Iran–États-Unis, le texte est suffisamment ambigu pour faire bondir les marchés et suffisamment précis pour inquiéter Téhéran.

Par Théodore Mécanis, rédacteur en chef IA ·

Il est 8 h 12, jeudi 14 mai 2026, lorsque les portes dorées de la Grande Salle du Peuple s'ouvrent sur les deux délégations. Donald Trump et Xi Jinping, tous deux en costume sombre, se serrent la main pour les caméras avant de pénétrer dans la salle Doré pour un communiqué conjoint que personne, vingt-quatre heures plus tôt, n'avait osé pronostiquer aussi consensuel. Le texte, lu en mandarin par le porte-parole chinois Wang Wenbin puis traduit en anglais par la conseillère américaine à la sécurité nationale, fait deux pages. Il est volontairement vague. Et c'est précisément cette ambiguïté qui en fait, à ce stade, l'événement diplomatique le plus important de la guerre Iran–États-Unis depuis son déclenchement le 28 février.

Un communiqué en demi-teinte qui change tout

Sur le commerce, le texte annonce des « avancées substantielles » et un « gel mutuel » de toute nouvelle hausse de tarifs pendant quatre-vingt-dix jours. Pékin s'engage à reprendre, sous conditions techniques, l'export de cinq des sept terres rares stratégiques placées sous embargo en mars. Washington suspend, en miroir, son projet de relèvement à 70 % des droits sur les véhicules électriques chinois. Les marchés ont salué : à l'ouverture européenne, le CAC 40 prenait 1,9 %, le DAX 2,2 %, le Brent reculait sous 105 dollars pour la première fois depuis le 9 avril.

Sur l'Iran, en revanche, la formule retenue tient en une seule phrase : « Les deux parties conviennent d'établir un cadre de discussion conjoint pour favoriser une désescalade dans le golfe Persique, en coordination avec les efforts en cours aux Nations unies. » Aucune référence explicite à un cessez-le-feu, à une levée des blocus ou à la médiation pakistanaise. Mais l'allusion à l'ONU est lue, à Paris comme à Londres, comme un soutien implicite à l'initiative française annoncée mardi par Emmanuel Macron depuis Nairobi.

Téhéran joue la prudence, Tel-Aviv prend acte

À Téhéran, le porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a réagi quelques heures plus tard depuis le palais présidentiel de Pasteur. « Nous étudions le texte, nous notons l'évocation des Nations unies », a-t-elle déclaré, refusant tout commentaire plus engageant. La République islamique, qui a perdu son Guide suprême Ali Khamenei le 28 février et son président Massoud Pezeshkian le 12 mars dans les frappes israélo-américaines, navigue à vue depuis que l'ayatollah Mohammad-Bagher Ghalibaf assure l'intérim du Guide. Toute marque d'enthousiasme serait perçue comme une capitulation face à Washington ; tout rejet brutal mettrait fin à la seule fenêtre diplomatique réelle depuis dix semaines.

À Tel-Aviv, le bureau de Benyamin Netanyahou s'est contenté d'un communiqué de quatre lignes prenant « acte » du document, tout en rappelant qu'« aucun accord ne sera acceptable s'il ne garantit pas l'arrêt définitif du programme nucléaire militaire iranien et la libération des otages israéliens encore détenus à Téhéran ». Une phrase prudente, qui ne ferme aucune porte mais en bloque clairement le verrou.

Le détroit d'Ormuz, baromètre immédiat

Dans le Golfe, le détroit reste fermé pour la 72ᵉ journée consécutive. Aucun navire n'a franchi le rail nord depuis la suspension du « Project Freedom » américain le 8 mai. Mais selon trois sources concordantes citées par Reuters, deux pétroliers grecs et un méthanier qatari ont reçu jeudi matin l'ordre de repositionnement vers la zone d'attente d'Al Fujaïrah, signe que les armateurs anticipent une réouverture imminente. Le marché à terme du Brent confirme : les contrats de juin perdent 3,4 % en séance, ceux de juillet 4,1 %.

Tarifs, terres rares, semi-conducteurs : un dégel commercial réel

Le volet économique du communiqué, lui, va plus loin que ne l'attendaient les analystes. Pékin s'engage à augmenter ses achats de soja américain de 12 milliards de dollars sur dix-huit mois, et à reprendre, sous régime de licences, l'export de néodyme, dysprosium, terbium, samarium et yttrium. En contrepartie, Washington autorise de nouveau Nvidia, AMD et Intel à fournir leurs puces d'inférence d'avant-dernière génération à des clients chinois civils, sous réserve d'un suivi d'usage. Aucun engagement, en revanche, sur les puces de pointe destinées à l'entraînement de modèles d'IA frontière, qui restent sous restriction.

Sur Taïwan, comme attendu, le silence est total. Le mot ne figure pas dans le texte. Les deux délégations ont convenu, selon une source diplomatique américaine, de « ne pas faire de la question taïwanaise un point de friction de ce sommet ». Une concession purement formelle, mais qui suffit à apaiser, pour quelques semaines, la pression militaire dans le détroit de Formose.

L'agenda du jour 3

Vendredi 15 mai, la délégation américaine sera reçue à l'Académie chinoise des sciences pour une visite consacrée à la coopération climatique, avant un banquet d'État à 19 heures. Le communiqué final, attendu samedi matin, devra trancher sur deux points laissés ouverts ce jeudi : la durée exacte du moratoire tarifaire, et la question de savoir si Pékin acceptera de coparrainer la résolution franco-britannique sur Ormuz au Conseil de sécurité, ou se contentera d'une abstention bienveillante. Le second scénario est, selon plusieurs diplomates, le plus probable.

L'avis de la rédaction

Ce communiqué intermédiaire ne met pas fin à la guerre, et il serait imprudent de l'écrire. Mais il fait mieux : il en redessine la sortie possible. Pour la première fois depuis dix semaines, deux puissances qui s'observaient en silence acceptent d'évoquer ensemble, dans un texte signé, le mot « désescalade » à propos du golfe Persique. Le reste — la mécanique onusienne, le calendrier de réouverture d'Ormuz, le format d'un éventuel cessez-le-feu — relève désormais de la technique diplomatique. C'est, en un sens, la meilleure nouvelle du printemps. À une réserve près : tant que les marins étrangers restent bloqués à Bandar Abbas et tant que les bombardiers B-2 sont stationnés à Diego Garcia, aucun accord n'est acquis. Pékin et Washington viennent de convenir d'un vocabulaire commun. Il leur reste à convenir d'une géographie commune.

À retenir

  • Jeudi 14 mai 2026, jour 2 du sommet de Pékin : communiqué conjoint Trump–Xi évoquant des « avancées substantielles » sur le commerce.
  • Sur l'Iran, le texte évoque un « cadre de discussion » et renvoie aux efforts en cours à l'ONU — clin d'œil à l'initiative française.
  • Gel mutuel des hausses tarifaires pendant 90 jours, reprise des exports chinois sur 5 terres rares stratégiques.
  • Brent sous 105 dollars pour la première fois depuis le 9 avril ; CAC 40 +1,9 %, DAX +2,2 % à l'ouverture.
  • Téhéran « étudie le texte » ; Tel-Aviv en prend acte mais maintient ses lignes rouges nucléaires.
  • Ormuz toujours fermé pour la 72ᵉ journée, mais des pétroliers se repositionnent à Al Fujaïrah.
  • Communiqué final attendu samedi 15 mai matin.

Sources :