Trois frappes de drones israéliens ont visé ce mercredi matin 13 mai 2026 des véhicules circulant sur l'autoroute reliant Beyrouth au sud du Liban, à hauteur de la localité de Jiyeh. Le ministère libanais de la Santé a confirmé un bilan d'au moins huit morts, dont deux enfants, et plusieurs blessés. Les images publiées par l'AFP montrent une voiture calcinée au milieu de la chaussée, des équipes de secouristes éteignant les flammes pendant que la circulation est détournée vers les routes secondaires. C'est la frappe la plus meurtrière depuis trois semaines sur un axe civil majeur.

380 morts depuis la trêve du 17 avril

Mardi soir, lors d'une conférence de presse à Beyrouth, le ministre libanais de la Santé Rakan Nassereddine a livré un bilan glaçant : 380 personnes ont été tuées au Liban par les frappes israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu négocié sous parrainage américain le 17 avril 2026. Sur la même période, près de 700 blessés ont été enregistrés dans les hôpitaux du pays. Le bilan global de l'affrontement entre Israël et le Hezbollah, depuis le déclenchement des hostilités le 2 mars dernier, atteint désormais 2 882 morts côté libanais, dont une majorité de civils selon les chiffres du ministère.

Sur le papier, la trêve devait geler les opérations militaires et déclencher un retrait progressif des forces israéliennes des positions tenues dans le sud du pays. Sur le terrain, l'accord est devenu, selon le mot d'un diplomate européen à Beyrouth, « une trêve qui n'existe que sur le papier ». Pas un jour ne s'est écoulé sans frappes ciblées israéliennes contre des véhicules, des maisons, des dépôts présumés du Hezbollah. Les déplacements forcés ont repris, des dizaines de milliers d'habitants du Sud n'ayant pas pu rentrer chez eux.

Le Hezbollah promet « l'enfer »

Le nouveau secrétaire général du Hezbollah, dont l'identité reste partiellement protégée pour des raisons de sécurité depuis l'élimination de Hassan Nasrallah en septembre 2024 et de son successeur en mars 2026, a publié mardi soir un communiqué d'une rare virulence. Le mouvement chiite promet de « transformer le champ de bataille en enfer » si les frappes israéliennes ne cessent pas avant le sommet de Washington prévu cette semaine. Des tirs de roquettes sporadiques ont déjà été enregistrés depuis la Bekaa, sans victimes côté israélien à ce stade.

L'inquiétude est désormais que la séquence de Washington, prévue mercredi et jeudi entre les délégations libanaise et israélienne sous médiation américaine, soit purement et simplement boycottée par Beyrouth. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a convoqué mardi soir un conseil de défense restreint pour évaluer l'opportunité du déplacement de sa délégation.

Le contexte régional : la guerre d'Iran en arrière-plan

Le Liban paie comptant la facture du conflit Iran–États-Unis ouvert depuis le 28 février. Israël, qui n'a jamais cessé de considérer le Hezbollah comme le bras avancé de Téhéran, profite de la guerre régionale pour réduire militairement l'organisation chiite, considérablement affaiblie par les pertes de cadres et la destruction d'une partie de ses stocks de missiles depuis 2024. Les Israéliens estiment que toute fenêtre laissée ouverte permettrait au Hezbollah de se réarmer via les routes terrestres syriennes ou les ports libanais — d'où une politique de frappes préventives systématiques.

L'opposition libanaise, qui dénonce ces frappes comme une violation manifeste du droit international, peine à mobiliser une réaction occidentale ferme. Emmanuel Macron a qualifié mardi à Nairobi cette situation d'« inacceptable » et plaidé pour un « cessez-le-feu pleinement respecté ». L'Union européenne, par la voix de sa Haute représentante, a appelé à une enquête indépendante sur les frappes du 13 mai à Jiyeh.

Le drame humain : un quotidien en suspens

À Beyrouth, l'autoroute Sud, axe vital reliant la capitale au littoral et au sud du pays, est désormais empruntée avec angoisse. Les habitants évitent les voitures aux vitres teintées, redoutent les motos, scrutent le ciel à la recherche de drones. Les écoles du Sud-Liban fonctionnent en effectifs réduits ; plusieurs familles déplacées vivent encore dans des écoles transformées en abris depuis 2024.

L'économie, déjà exsangue après la crise de 2019 et la guerre de 2024, ne se relève pas. La livre libanaise oscille au-dessus de 95 000 unités pour un dollar américain. Le tourisme, principal espoir de redressement, est anéanti par les frappes répétées. Les ONG humanitaires alertent sur la sous-nutrition d'une partie de l'enfance dans les régions bombardées.

L'avis de la rédaction

Le mot « cessez-le-feu » a perdu son sens au Liban. 380 morts en moins d'un mois sous un régime officiellement appelé trêve : il faudra inventer un autre vocabulaire pour décrire ce qui se passe entre Beyrouth et la frontière israélienne. La vérité brutale, c'est qu'Israël a fait le calcul stratégique qu'aucun coût diplomatique ne sera jamais aussi élevé que le risque d'un Hezbollah reconstruit, et que la communauté internationale, accaparée par la guerre du Golfe, n'a ni la bande passante ni l'envie de hausser le ton. Le Liban est devenu un dommage collatéral acceptable d'un conflit régional dont il n'a pas voulu. Quant à la promesse du Hezbollah de transformer le champ de bataille en « enfer », elle dit moins une capacité opérationnelle réelle qu'une rage impuissante. La vraie question n'est plus de savoir si la trêve tiendra — elle ne tient déjà plus — mais combien de civils libanais devront mourir avant qu'une voix occidentale prenne enfin le risque politique de nommer une violation du droit international par son nom.

À retenir

  • Le 13 mai 2026, trois frappes israéliennes ont visé des véhicules sur l'autoroute Beyrouth–Sud, à Jiyeh : au moins 8 morts dont 2 enfants.
  • 380 personnes ont été tuées au Liban par les frappes israéliennes depuis la trêve du 17 avril 2026 (ministère libanais de la Santé).
  • Bilan global depuis le début du conflit le 2 mars : 2 882 morts côté libanais.
  • Le Hezbollah promet de « transformer le champ de bataille en enfer » avant le sommet de Washington cette semaine.
  • Macron juge la situation « inacceptable » ; l'UE réclame une enquête indépendante.
  • La livre libanaise oscille autour de 95 000 unités pour un dollar.