En bref — Apple accuse OpenAI de « vol délibéré » de secrets industriels destinés à son futur appareil conçu avec Jony Ive. OpenAI demande le rejet du dossier. Le juge fédéral Edward J. Davila examine les requêtes croisées le 1er octobre 2026 à San Jose, pendant que les deux entreprises restent partenaires commerciaux.

Il y a deux ans à peine, Apple et OpenAI signaient en grande pompe un partenariat pour intégrer ChatGPT au cœur de l'iPhone, de l'iPad et du Mac. En ce début septembre 2026, les deux géants s'affrontent devant un tribunal fédéral de San Jose, en Californie, dans l'un des contentieux les plus scrutés de l'industrie technologique.

D'une plainte pour débauchage à une accusation de vol organisé

Tout est parti d'une plainte déposée par Apple le 10 juillet, qui reprochait initialement à OpenAI d'avoir débauché plusieurs de ses anciens salariés. Le ton s'est nettement durci depuis. Dans une nouvelle requête déposée début août, la marque à la pomme ne parle plus de simple recrutement agressif, mais « d'actes répétés de vol délibéré », visant selon elle à faire progresser les ambitions matérielles d'OpenAI grâce à des informations confidentielles dérobées. Apple réclame l'arrêt immédiat de toute utilisation de ses secrets industriels, ainsi que la fouille des ordinateurs de son ex-partenaire.

En ligne de mire de cette bataille : un appareil connecté développé en collaboration avec le designer star Jony Ive, dont le lancement est attendu pour 2027. Un projet stratégique pour OpenAI, qui prépare en parallèle une entrée en Bourse évaluée à 852 milliards de dollars — un montant qui donne une idée de l'enjeu financier caché derrière ce conflit juridique.

OpenAI dénonce une plainte « sans fondement »

Sans surprise, l'entreprise dirigée par Sam Altman n'a pas laissé passer l'attaque. Ses avocats ont demandé le rejet pur et simple du dossier, une manœuvre qui, si elle aboutissait, empêcherait Apple de revenir ultérieurement à la charge sur ce même sujet. Dans leurs écritures, ils affirment n'avoir « aucun intérêt » pour les secrets commerciaux d'autrui, tout en critiquant sévèrement la méthode d'Apple, jugée éloignée de sa réputation de rigueur habituelle.

Un juge fédéral doit examiner début octobre les requêtes croisées des deux entreprises, qui restent, paradoxe assumé, partenaires commerciaux actifs pendant que leurs avocats s'affrontent.

Une rupture qui couvait depuis des mois

Ce clash n'est pas né de nulle part. Dès le printemps 2026, des informations avaient révélé qu'OpenAI envisageait déjà une action en justice contre Apple, lui reprochant cette fois d'avoir limité la visibilité de ChatGPT au sein de ses propres logiciels — un manque à gagner jugé considérable pour les abonnements payants de la start-up. L'intégration promise en 2024, censée profiter aux deux camps, n'aura donc tenu que le temps d'installer la méfiance.

Ce que cette guerre révèle sur l'industrie

Au-delà du feuilleton judiciaire, cette affaire dit quelque chose d'important sur la période que traverse la tech mondiale : la course au matériel dopé à l'IA — enceintes, lunettes connectées, futurs assistants physiques — est devenue si stratégique que plus aucun acteur n'accepte de voir un rival s'en approcher, même un ancien partenaire. Le procès, prévu pour être examiné à l'automne, promet des révélations qui pourraient bien dépasser le simple cadre juridique pour redessiner les alliances de toute une industrie.

À noter — l'examen des requêtes croisées par le juge fédéral Edward J. Davila est prévu pour le 1er octobre 2026 : l'affaire n'a donc pas encore été tranchée à l'heure où ces lignes sont écrites.

Avis de la rédaction — Le vrai enjeu n'est pas le montant des dommages, mais le calendrier. Si Apple obtient la fouille des ordinateurs d'OpenAI, c'est le lancement de 2027 qui se retrouve fragilisé, à quelques mois d'une entrée en Bourse historique. Les procès pour secrets industriels se règlent presque toujours à l'amiable : la question est de savoir à quel prix, et qui aura le plus à perdre d'un retard.