En bref — Steve Witkoff et Jared Kushner sont de retour à Moscou début septembre avec une version « affinée » du plan de paix américain. La négociation se concentre désormais sur un nombre restreint de points durs, au premier rang desquels le tracé de la future frontière de facto. Kiev réclame en parallèle une trêve aérienne pendant les discussions.
Il y a des voyages qui ressemblent à des rituels. Celui de l'émissaire spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, accompagné de Jared Kushner, en fait partie. Les deux hommes ont de nouveau atterri à Moscou début septembre, porteurs d'une version retravaillée du plan de paix américain censé mettre fin à la guerre en Ukraine, plus de trois ans et demi après le déclenchement de l'invasion russe.
Un scénario déjà vu, mais qui se resserre
Ce n'est pas la première fois que le duo foule le tarmac moscovite. Depuis plus d'un an, Witkoff multiplie les allers-retours entre Washington, Kiev et le Kremlin, tissant patiemment un texte censé concilier l'inconciliable : les revendications territoriales russes sur le Donbass et les lignes rouges ukrainiennes sur la souveraineté nationale. Ce qui change cette fois, c'est le ton. Des sources proches du dossier évoquent une négociation désormais concentrée sur un nombre très restreint de points durs.
Kiev n'a pas varié d'un pouce : toute discussion territoriale doit partir de la ligne de contact actuelle sur le terrain, et non d'un redécoupage négocié à distance. La Maison-Blanche, consciente que le processus s'effondrerait si l'un des deux camps se sentait lésé, cherche la formule qui satisferait Moscou sans humilier Kiev — un exercice d'équilibriste dont l'histoire regorge d'échecs retentissants.
Zelensky change de tempo
Signe que la partie se joue aussi sur le terrain médiatique et humanitaire, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a profité de la visite pour réclamer publiquement une trêve sur les frappes aériennes, le temps que les discussions se déroulent à Moscou. La demande est symboliquement forte : elle place la Russie devant un choix simple aux yeux de l'opinion internationale — accepter un geste de bonne volonté minimal, ou apparaître comme l'obstacle à la paix pendant que ses propres émissaires négocient avec les Américains.
Le Kremlin, par la voix de son porte-parole, s'est contenté d'indiquer que les discussions dureraient « le temps nécessaire », sans lever le voile sur la composition de la délégation russe ni sur une éventuelle rencontre avec Vladimir Poutine en personne.
Ce qui se joue vraiment
Au-delà du tracé des frontières, trois sujets structurent ces pourparlers : les garanties de sécurité que les États-Unis et leurs alliés européens seraient prêts à offrir à l'Ukraine, les modalités de la reconstruction du pays une fois les combats arrêtés, et le statut des sanctions économiques pesant sur la Russie. Autant de chapitres qui, une fois ouverts, prennent souvent plus de temps à refermer que prévu.
Reste une question qui plane sur l'ensemble du processus : un accord scellé à huis clos entre Washington et Moscou tiendra-t-il la route une fois soumis à l'épreuve du terrain, des opinions publiques ukrainienne et européenne, et d'un Congrès américain jamais avare de surprises ? L'histoire récente des négociations sur ce conflit invite à la prudence plus qu'à l'enthousiasme précoce — mais, pour la première fois depuis longtemps, plusieurs voix diplomatiques évoquent un momentum réel.
Avis de la rédaction — Le signal à surveiller n'est pas le nombre de voyages, mais la nature des points restants. Une négociation qui se réduit à deux ou trois désaccords majeurs est soit très proche d'aboutir, soit bloquée sur l'essentiel. Les prochains jours, à mesure que les détails de Moscou filtreront, trancheront entre les deux.





